Van de Velde, un trou en enfer


Photo : The Open

Le 18 juillet 1999 est un jour historique pour le golf français. Jean Van de Velde va remporter le British Open et sera le premier Tricolore depuis 1907 à inscrire son nom à son palmarès, 92 ans après Arnaud Massy. Celui-ci, paix à son âme, est même le Yannick Noah du golf français, puisque c’est tout simplement le dernier – et le seul – à avoir gagné un Majeur (l’équivalent des tournois du Grand Chelem en tennis, ils sont également au nombre de quatre). Bref, Van de Velde va devenir une légende pour tous les amateurs de la petite balle blanche dans l’Hexagone. Et oui, il y en a plus qu’on ne le croit.

Issu des qualifications, il arrive dans le tournoi en tant que 152e mondial et ne compte qu’une victoire sur le circuit européen, six ans plus tôt (Rome 1993). C’est à la fois la dureté et la beauté du golf. Un sport terriblement ingrat, où un « underdog » peut aussi vivre un conte de fées. Van de Velde va donc s’imposer à Carnoustie, temple écossais de bord de mer déchirée, même en plein été (un « links », comme on dit). Tiger Woods a parlé de ce parcours, sur cette édition 1999, comme du « plus injuste » qu’il n’ait jamais vu. Avant le dernier trou, Van de Velde a trois coups d’avance. Un gouffre en golf, surtout sur un seul trou. Il n’a qu’à assurer, plus rien ne peut lui arriver, sauf craquage mental. Ou intervention divine.

Gêné par le vent, il tape d’abord sur le fairway du trou voisin, le 17. Pas si grave. Dans un magnifique élan de panache, il enchaîne en voulant jouer fort pour atteindre directement le green du 18. C’est le début du drame. La balle tape la tribune et ricoche en prenant un angle improbable, atterrissant dans les hautes herbes. Puis son troisième coup l’amène dans le ruisseau. C’est celui-ci qui lui donne le plus de regrets, comme il l’a confié l’année dernière au Figaro lorsque le British Open est revenu se disputer à Carnoustie, pour la première fois depuis 1999 (il a évidemment été assailli par les médias de tous pays).

Je ne le jouerais pas en avant, mais sur le côté. Sur le moment, j’y ai pensé, mais j’étais dans la précipitation.

On atteint le summum lorsque « VDV » retrousse son pantalon et va tâter l’eau, envisageant d’y jouer sa balle. Le monde entier le regarde, il ne manque plus que le fusil et la galinette cendrée. Ça confine au sublime. Finalement c’est non, donc un coup de pénalité. Et puis le bunker. Il fait la totale sur ce dernier trou et perd son avance. Mais la tragédie ne s’arrête pas là. Son ultime putt est loin d’être simple, toutefois il peut lui permettre d’aller jouer un ultime trou décisif contre Paul Lawrie et Justin Leonard. Il le rentre, le poing rageur !

Il pourrait finir troisième, histoire d’atténuer les regrets. Mais non, c’est bien la deuxième place qui parachève son œuvre… Van de Velde assure qu’il n’y pense plus, sauf quand on lui en parle. Il a surtout marqué pour ses expressions enjouées, son attitude décontractée même dans l’enlisement le plus profond, les pieds dans l’eau. Et sa philosophie immédiate. Trop heureux d’une telle lose. « Je me suis dit que j’étais là, à Carnoustie, et que je vivais de ce que j’aimais, ce qui est rare », confiait-il encore l’an passé. Un épisode vient de lui être consacré par Netflix pour sa série Losers, ce bijou qui mérite un Golden Globe. Il se nomme Le 72e trou.

Van de Velde, un trou en enfer