Challenge Cup 2002 | Agen, la nuit d’ivresse


Luc LAFFORGUE - Stade Francais / Agen - 09.09.2005 - 4eme journee du Top 14 - Stade Jean Bouin -

Quand on touche le fond du sac de pruneaux, on ne peut que remonter. Le 10 janvier 2002, le SU Agen a pris son destin en main. Beaucoup trop bien partis en championnat, afin de célébrer comme il se doit les grands débuts du Top 16, les joueurs du respecté Christian Lanta ont célébré l’adage : un grand club ne meurt jamais, surtout au pays de l’ovalie.

Non contents de régaler en France, les Agenais sont alors en tête de leur poule de Challenge européen avant de se déplacer chez les Gallois d’Ebbw Vale. C’est là qu’une idée de génie de MONSIEUR Jean-Pierre Guignard va faire à nouveau basculer le SUA dans la dimension qu’il mérite. Voulant privilégier le championnat, le seul moyen est de se faire éliminer. Et pour arriver à leurs fins, « Titou » Lamaison, Christophe Porcu et consorts doivent se prendre une volée. Une dénoyautée, comme on dit sur place. Attention chef-d’œuvre : il faut perdre par… huit essais d’écart !

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Guignard : « Nous avons décidé de perdre »

Le patron, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, expose alors ce mantra : « En harmonie avec le staff technique avec les joueurs, nous avons décidé de perdre le match au pays de Galles. » Plus qu’une phrase. Un hymne. Qui résonne encore dans les travées d’Armandie, au timbre de la Corrida de Francis Cabrel, l’autre fierté locale. « On voulait faire un match d’entraînement, rien d’autre, confirme Luc Lafforgue pour Midi Olympique. On a joué en conséquence. Nous n’étions pas rigoureux. On relançait tous les ballons. On jouait à chaque fois dans notre camp. » Jean-Pierre Lux, le président français de l’ERC, n’était pas d’accord : « En visionnant les images du match, on s’aperçoit qu’Agen a été d’une grande maladresse en transgressant l’esprit et les règles du jeu. Ils ont laissé filer le match et encaissé neuf essais. Ils se sont volontairement éliminés de la compétition. »

Quel coup de maître ! Défaite 10-59 avec neuf essais encaissés et élimination, très bien. Mais ce n’est pas tout : un an d’exclusion des Coupes d’Europe et 100 000 euros d’amende en sursis. Lafforgue ne « comprend pas la sévérité de la sanction » : « Beaucoup d’équipes sacrifiaient cette Coupe d’Europe à l’époque. C’était moins gros que certains autres matches. Je me souviens que la saison suivante, Biarritz avait passé treize essais à la dernière journée pour se qualifier… » The Evening Standard titre sur « une farce française, une insulte au jeu ». L’avocat du club cite le président d’Ebbw Vale, pas le dernier acteur de ce grand jour du rugby : « Il a expliqué, et ça n’engage que lui, que le match s’était déroulé dans des conditions normales. Et que son équipe avait été particulièrement brillante ce jour-là. Ça n’a même pas été pris en compte. » C’est regrettable.

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Laffargue : « Dommage, on aurait vraiment embêté la FFR »

Là où Jean-Pierre Guignard a été particulièrement visionnaire, c’est qu’il a donc relancé un cycle. Six mois plus tard, Agen atteint la finale du championnat. Le SUA s’incline en prolongation contre Biarritz (25-22, voir plus bas), autre monument du rugby national qui nous donnera également bien du plaisir, quelques années plus tard. « C’est dommage, je crois qu’on aurait vraiment embêté la FFR », conclut Lafforgue (toujours pour Midi Olympique). Certainement pas la FFL, en tout cas… « Vous imaginez un champion de France absent de la Coupe d’Europe ? » Trop beau pour être vrai. Mais impossible de vous en vouloir, messieurs… La défaite est tout de même totale ! Agen, guidé avec soin par la légende Philippe Sella, n’atteindra plus jamais ces hauteurs indignes. Parvenant même avec brio à effectuer quelques passages récents en Pro D2.

La trace est restée si prégnante en ville que ça continue, encore et encore, près de 18 ans après l’exploit du siècle : le club de tennis de table d’Angers les ont ainsi imité . Sans parvenir, toutefois, à aller arracher la même sanction suprême. C’était il y a un peu plus d’un an, le 10 décembre 2019 en Ligue des champions, chez les Espagnols d’Irun. En cherchant honorablement la défaite afin de respecter les valeurs du cru, pour terminer troisièmes afin d’être reversés dans une Coupe d’Europe qui leur convenait mieux (et nous les soutenons totalement).

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