Wimbledon 2019 | Mahut / Roger-Vasselin, un avant-goût de fête nationale


En 2019, Novak Djokovic remporte son cinquième titre à Wimbledon face au maître des lieux, Roger Federer. Mais l’événement de cette édition a lieu lors de la finale du double messieurs. Deux Français opposés à deux Colombiens. Si la logique tennistique veut que ce soit le clan tricolore qui l’emporte, c’est mal connaître le talent conjugué de Nicolas Mahut et Édouard Roger-Vasselin.

Le jour de gloire est arrivé. Délaissant leur fédération de raison pour rejoindre celle de cœur, Nicolas Mahut et Édouard Roger-Vasselin redorent le tant convoité blason de la lose à l’occasion d’une finale mémorable. Sorti malheureux vainqueurs en demi-finale du duo slovaco-bosniaque Filip Polasek et Ivan Dodig 6-2, 7-6, 7-6, le duo français va briller en finale face aux Colombiens Juan Sebastian Cabal et Robert Farah.

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Nos féroces soldats ont livré une bataille dantesque de 4 h 57 glorieusement perdue (6-7 [5], 7-6 [5], 7-6 [6], 6-7 [5], 6-3). Tie-breaks offerts in extremis, prises de bec arbitrales inespérées et balle au prisonnier revisitée, tous les ingrédients sont là pour un moment inoubliable. Les Français n’auront pas lésiné sur le budget du bouquet final des feux d’artifice, célébrant dignement cette fête nationale avant l’heure. Un certain samedi 13 juillet 2019. Une lose jusqu’au bout des ongles.

Construire le récit national

Auteurs d’un premier set décevant, se soldant par un combat au front remporté malencontreusement au tie-break 6-7 (5), nos Français laissent planer la peur tangible qu’une victoire impure puisse abreuver notre gazon. Les Bleus mènent 5-3 dans la manche suivante, et tous les espoirs d’une lose en règle commencent à partir en fumée. Mais nos compatriotes, devenus résistants, se font vaillamment remonter dans un tie-break porteur d’optimisme 6-7 (5). Puis un second, objet de tous les désirs dans la troisième manche, 7-6 (6), consolide nos espérances. Si un éclair de lucidité vient cependant assombrir le quatrième set qu’ils remportent 6-7 (5), nos héroïques fédérés reprennent leurs esprits lors de l’ultime combat. L’étendard triomphant allait pouvoir se lever.

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Nos jeunes héros, s’ils tombent

Pas d’assaut victorieux sans fins stratèges. Constatant que certaines manches venaient flirter un peu trop fréquemment avec le goût amer de la victoire, les Français revoient cependant leur tactique et placent leur destinée entre les mains de l’adversaire. Première manche. 5-5, 40 A. Un smash colombien venu d’un bras vengeur catapulte le mètre 90 de Mahut en pleine tête. Jeu de main, jeu de vilains.

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Si l’on pouvait imaginer nos Français tirer leur révérence de façon prématurée, c’était sans compter sur l’immense soif de défaite de notre fleuron de la lose. Après quelques secondes à terre, le dormeur du Center Court se relève pour nous offrir une scène en trois actes shakespeariens. Rien ne pouvait alors venir terrasser nos fiers guerriers.

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Le bouquet final de Mahut

Invoquant un droit de riposte, nos Français reprennent les armes. Fin de troisième manche. Tie-Break, 6 partout. Au service, Juan Sebastián Cabal accroche la ligne de sa première balle tandis que l’arbitre l’annonce faute. Une fois le challenge révélé, le point est donné aux Colombiens. À côté, l’assassinat de Sarajevo faisait bien pâle figure. Nicolas Mahut s’estime floué et s’emporte contre l’arbitre. Après une raquette non épargnée et un détour au vestiaire pour calmer ses nerfs, le duo perd le set sur une balle adverse qui prend la bande du filet. On ne pouvait attendre mieux de leur part.

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Si Napoléon gagnait ses batailles avec les jambes de ses soldats, le thunderbolt colombien, lui, revient bombarder Nicolas Mahut au torse, puis dans le bas-ventre, en apothéose de fin de match.

Honorer le devoir de mémoire

À 5 minutes près, et à quelques heures seulement de concurrencer notre fête nationale, notre duo serait devenu gardien d’un nouveau record de temps de jeu en double à Wimbledon, jusque là détenu par la paire Mc Enroe/Stitch lors de la finale de 1992. Mais l’herbe leur est littéralement coupée sous le pied. L’expression du « qui perd gagne » prend alors tout son sens pour nos deux enfants de la patrie.

« Peut-être que dans quelques jours, je pourrai être fier de nous », confie Roger-Vasselin. Le temps de réaliser cette glorieuse entrée à la FFL. « C’est un peu dur de ne pas avoir notre nom sur le tableau », dira encore Nicolas Mahut, sans savoir qu’il apparaîtra de façon indélébile sur le mur commémoratif de la lose.

Pour cette veille de fête nationale, nos Français nous ont façonné un merveilleux jardin à la française.

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