JO 2018 | Le plus beau cadeau de Noël


PYEONGCHANG,SOUTH KOREA,22.FEB.18 - OLYMPICS, ALPINE SKIING - Olympic Winter Games PyeongChang 2018, slalom, men. Image shows Clement Noel (FRA). Photo: GEPA pictures/ Matic Klansek / Icon Sport *** Local Caption ***

D’abord la première manche du slalom olympique le 22 janvier 2018, dans la station rêvée de Pyeongchang (on ne sait toujours pas si on l’a bien écrit, mais peu importe). Nos chers Bleus arrivent tranquillement, comme on les aime. C’est-à-dire que pas grand-monde n’y fait attention. Et en pleine nuit, décalage horaire oblige, voilà le début d’un bon vieux cauchemar hivernal qui pointe. Vous savez, la sueur qui colle à la couette dans le chalet alors qu’il fait -10°C dans la chambre…

Victor Muffat Jeandet est troisième, Alexis Pinturault sixième, Clément Noël septième. Seul Jean Baptiste Grange, au moins, a le bon goût de sortir. Le seul à avoir compris que l’important, c’est le planter de bâton. Autant vous dire qu’il est impossible de se rendormir dans un tel état d’inquiétude à trois heures du matin, à attendre encore trois heures de plus en se rongeant les sangs.

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« Le slalom, c’est deux manches. Et la deuxième est plus dure »

« Je n’avais pas peur, j’étais plutôt motivé et j’avais envie de bien faire, savoure alors Noël, insupportable de fraîcheur du haut de ses 20 ans (sur France 2). Il n’y avait vraiment rien à perdre avec mon dossard et mon statut, je voulais juste essayer de lâcher et j’ai à peu près réussi. Je suis content, ça place, on peut espérer quelque chose… Ça faisait un moment que le slalom français n’avait pas réussi une si belle première manche ! » Merci de remuer le couteau dans la plaie de cette nuit d’horreur. Une lueur au bout du tunnel, toutefois : « Le slalom, c’est deux manches. Et la deuxième est plus dure. » Pas de quoi retrouver le sommeil. Car oui, les Français ont un réel espoir de médaille, surtout avec la sortie de piste du favori Marcel Hirscher. Après avoir regardé deux fois Les Bronzés font du ski, histoire de se remonter le moral avec notre président d’honneur Jean-Claude Dusse, arrive alors la deuxième manche.


Noël s’élance. « On ne cogite pas, on avance avec le bassin et ça ira bien », lance Alexandre Pasteur invoquant presque Boris roi de la piste, star de la glisse. Problème, Noël dévale effectivement la pente à toute berzingue, à fond la caisse (ne manque que les gogo danseuses). Oublie que t’as aucune chance, sur un malentendu… « Il a repris du temps, quelle légèreté sur les appuis ! » Noël est troisième provisoire et le reste beaucoup trop longtemps pour nos petits coeurs de skieurs. Il est toujours médaillé de bronze alors qu’il ne reste plus que deux coureurs… Seul un grand champion peut réellement saisir la portée de ce qui est en train de se passer : Luc Alphand. « S’il y a trois médailles en chocolat, c’est la partie frustrante… Mais moi, je suis ravi ! » On le serait aussi « Lucho », si tu savais… Et puis, les démons du ski nous ayant entraînés au bout de la nuit, le soleil finit par se lever. Il s’appelle Andre Myhrer.

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« On se souviendra peut-être de moi en disant ‘Pas de chance, il aurait pu faire une médaille !’»

Le Suédois relègue Noël à la quatrième place. L’ami Pasteur et tous les gens mal intentionnés espèrent alors que Henrik Kristoffersen va aussi monter sur la boîte, histoire d’atténuer les regrets. Quel manque d’ambition… Le Norvégien se manque et ce n’est même plus un effet boule de neige, mais bien une véritable avalanche de bonheur qui nous emporte tous (ou presque). « C’est pas possible, Noël est à quatre centièmes du podium, hurle Pasteur, presque en première réaction à la sortie de Kristoffersen. Les Français font 4, 5 et 6, aïe, aïe, aïe… » Atchik, atchik, atchik ! L’exploit, tous à moins d’un dixième du podium ! Les boules (… de Noël), mais pas pour Luc Alphand qui continue de tout mieux comprendre que tout le monde : « Il y a une petite frustration, mais c’est quand même génial. C’est comme un championnat de France derrière le podium ! » C’est exactement ça, Luc. Je suis ton père (Noël).

Le gamin fait aussi preuve d’une maturité étonnante (pour L’Equipe), se disant « très content » : « C’est plus que je n’espérais, je me m’attendais pas à participer il y a quelques semaines, ni à être en position de jouer une médaille. Je peux être fier et essayer de garder seulement le positif de cette journée. Je ne suis pas loin des meilleurs. » Ça, c’est la France qu’on aime ! « On se souviendra peut-être de moi en disant ‘Pas de chance, il aurait pu faire une médaille !’ » Mais absolument, tout à fait ! « Ça ne se voit peut-être pas, mais je suis très content », s’exclame encore le petit génie dans un éclat de rire gras. Des nuits comme ça, finalement, on en redemande. A nouveau admirable trois ans plus tard en allant chercher la faute, dimanche aux Mondiaux, alors qu’il était quatrième après la première manche, c’est décidément Noël (juste) après l’heure.

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