GP Monza 1993 | Apicella, l’homme qui dura moins de 10 secondes en Formule 1.


Grand-Prix de Monza 1993. Si le circuit est souvent rebaptisé le Temple de la Vitesse, Marco Apicella a suivi à la lettre ce sobriquet. Tandis qu’il s’élance pour la toute première fois de sa carrière dans une Formule 1, le pilote italien de la Jordan-Hart va disparaître du monde de la F1 aussi vite qu’il est apparu. Retour sur cet énigmatique pilote éclair, qui fait encore parler de lui près de 30 ans plus tard.

Jordan-Hart, l’ancêtre de Haas

Saison 1993. Comme chaque année, le Grand Prix de Monza intervient à la mi-septembre. Et comme lors de chaque rentrée estivale, le mercato des pilotes bat son plein. Et l’exercice 1993 ne va pas déroger à la règle. Jusque dans le fond de grille. Thierry Boutsen, pilote belge de la Jordan-Hart, quitte son baquet. Dans la précipitation, le propriétaire du team Eddie Jordan recherche un pilote au plus vite. Ou plutôt une valise de billets. Confronté à des difficultés depuis le début de saison, l’écurie Jordan a grandement besoin d’un énorme chèque. Quelle que soit la qualité du pilote en question.

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C’est pourquoi à l’approche du Grand-Prix de Monza, Eddie Jordan nomme l’illustre inconnu Marco Apicella au volant de sa voiture. Agé de 28 ans, cet Italien vient tout droit de la Formule 3000 au Japon. Et devient (déjà) le cinquième pilote de la saison du team. Pour un week-end qui entrera à jamais dans l’Histoire de la Formule 1…

Apicella parvient (tout de même) à ne pas s’élancer dernier

Pour son Grand-Prix à domicile, le programme de Marco Apicella est hyper chargé. Apprendre et comprendre le fonctionnement de la voiture, faire connaissance avec ses mécaniciens, échanger avec ses ingénieurs… et tout cela en l’espace de trois jours. Fort heureusement, la confiance dans l’équipe est au beau fixe. Jordan-Hart reste sur une série de douze courses hors des points depuis le début de saison… en douze Grands-Prix. De quoi aborder ce week-end avec sérénité et bonne humeur.

Au vu de la situation, on comprend très vite que les deux heures de roulage durant les essais sont cruciales pour l’apprentissage d’Apicella. Raison pour laquelle le Transalpin réalise un joli tête-à-queue lors de la première séance. Histoire de répéter ses gammes pour la course.

Le samedi, les qualifications voient le jour. Et dès les premiers tours, on s’aperçoit très vite que la Jordan ne va pas jouer les trouble-fêtes pour le gain de la pole position. Marco Apicella termine finalement à la 23e place aux qualifications, à une demi-seconde de son équipier Rubens Barrichello. Et à 4,5 secondes du poleman Damon Hill. Comme un pressentiment que cette course annonce de belles choses.

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Le résumé de la course

Dimanche 12 septembre 1993. Treizième épreuve de la saison. Attaché dans son baquet sur la grille de départ, Marco Apicella a conscience qu’il est en train d’écrire l’une des plus grandes pages de sa vie. Mais il ignore encore qu’il marquera à jamais celles de la catégorie reine du sport automobile.

Lors de l’extinction des feux, l’Italien fonce avec les 25 autres monoplaces sur l’épingle au bout de la ligne droite d’arrivée. Mais sans comprendre comment, Apicella se retrouve dès le tout premier freinage au beau milieu d’un carambolage initié par JJ Lehto. Ce Finlandais, qui a davantage un blaze de meneur de jeu NBA, n’hésite pas à harponner le Transalpin. Apicella ne peut s’empêcher de rentrer à son tour… dans son propre coéquipier. Rubens Barrichello doit se retirer. Avec la direction cassée, Apicella se voit également contraint à l’abandon. Un virage, cinq abandons, deux Jordan-Hart au tapis. C’est ce qu’on appelle foirer sa première journée au boulot.

 

Apicella, le Speedy Gonzalez de la F1

Engagé en grande partie pour respirer financièrement, Apicella coûte dès sa première course des centaines de milliers de dollars à l’écurie Jordan avec ces deux abandons. Face à ce tour de force, Eddie Jordan n’a d’autre choix que de remplacer pour la sixième fois de la saison un de ses pilotes. Et il ne traîne pas. Dès la course suivante, Marco Apicella est éjecté, Emanuele Naspetti le succède. Tous les secteurs s’allument en violet dans ce passage éclair au volant d’une F1.

Mais ce chef-d’œuvre n’est rien comparé à la performance historique réalisée par Apicella ce jour-là. Avec une seule et unique ligne droite à son compteur, l’Italien possède, et de loin, la carrière de Formule 1 la plus courte de l’Histoire : 800 mètres. Soit moins que la distance entre deux bornes téléphoniques sur une autoroute.

Un pilote qui a parcouru une épreuve d’athlétisme dans toute sa carrière de Formule 1 ne pouvait éviter son heure de gloire au sein de notre fédé.