Formule 1 1992 | Andrea Moda, le GOAT de la lose automobile


Si la Scuderia Ferrari est considérée comme la plus grande écurie de Formule 1 de tous les temps, sa petite sœur Andrea Moda peut revendiquer aisément le titre de pire team ever. Ferrari et Moda, c’est un peu le yin et le yang du sport automobile italien. Mais si la marque au cheval cabré concourt depuis plus de 70 ans en F1, il n’a fallu qu’une saison à Andrea Moda pour entrer définitivement dans l’Histoire.

Connu pour gérer Andrea Moda, une entreprise spécialisée dans les bottes de cowboy et de vêtements en cuir, l’homme d’affaire italien Andrea Sassetti décide de s’engager en Formule 1 pour la saison 1992. C’est ainsi que naît la fameuse Andrea Moda Formula.

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Une entrée en matière divine

Totalement inconnue au bataillon à son arrivée, l’écurie italienne va très vite faire parler d’elle dans le paddock. Le premier fait d’arme a lieu lors de la première course de la saison en Afrique du Sud. Le team utilise sur sa voiture le châssis d’une autre écurie, sans aucun scrupule. Les deux pilotes Caffi et Bertaggia sont disqualifiés avant la séance de pré-qualifications. Retour à la maison sans même avoir consommé la moindre goutte de carburant. Et c’est que le début.

Andrea Moda doit impérativement aligner des monoplaces au Mexique, sous peine de devoir payer une amende de 200 000 dollars. L’écurie de Sassetti apporte alors à Mexico deux coques nues et deux moteurs. Comme pour bien montrer qu’ils ne sont là que pour faire acte de présence et éviter toute pénalité. L’idée même de faire quelques tours de roulage est totalement impensable. En même temps quel est l’intérêt pour une équipe de Formule 1 de rouler sur un circuit ? On vous le demande.

Seulement une semaine après le trou d’air mexicain, Caffi et Bertaggia se plaignent publiquement de l’amateurisme d’Andrea Moda. Une déclaration qui leur coûte tout simplement leurs sièges. Sassetti, ce roi du management. Il recrute Roberto Moreno et Perry McCarthy pour bien montrer que le problème venait de ses anciens pilotes, et non pas de son team. Raté. McCarthy est recruté alors qu’il n’a pas encore fait sa demande de super licence ; il est logiquement exclu du Grand Prix. Les mots nous manquent.

Côté piste, Moreno dispute les premières qualifications de la saison… lors du 3e Grand Prix à Interlagos. Et une chose est sure, c’était mieux quand l’Andrea Moda ne roulait pas. Moreno termine à 18 secondes du dernier qualifié. Soit un tour en moyenne 40km/h plus lent que le poleman Nigel Mansell. Merci au revoir.

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McCarthy et la chasse aux sorcières de Sassetti

Le niveau de performance de l’Andrea Moda est catastrophique, au point même que la FIA suspecte le team italien de ne disposer qu’une seule voiture. L’autre n’étant qu’une coque nue. Voyant les grandes difficultés de son ancienne équipe, Bertaggia tente d’organiser son retour en promettant un chèque d’un million de dollars. Il n’en faut pas plus à Sassetti pour dégager McCarthy. Sauf que la limite des deux changements par saison est déjà atteinte. En grand diplomate, Sassetti va alors tout faire pour tenter de dégoûter l’anglais afin qu’il s’en aille. Désormais, seul Moreno est autorisé à rouler en qualifications.

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Lors de la quatrième manche en Catalogne, les mécanos oublient volontairement le britannique à l’hôtel pour qu’il arrive en retard à la séance de qualification. À son arrivée dans le paddock, il ne lui reste que très peu de temps. Il parvient tout de même à prendre la piste. Mais son moteur casse dès sa sortie des stands.

« C’était mon premier Grand Prix, et j’ai battu un record immédiatement : c’était la tentative de qualification la plus courte de l’Histoire ! J’ai parcouru 30 mètres !  » McCarthy

 

Puis survient le Grand-Prix de Monaco. Si l’écurie a échoué lors des cinq premières manches à qualifier une de ses voitures pour la course, Moreno créé l’exploit d’accrocher le 26e et dernier temps qualifiable (sur 31 monoplaces). Toutefois son rêve en course ne dure que 36 kilomètres, faute à une soupape. Ce sera l’ultime course d’Andrea Moda en Formule 1. Incroyable mais vrai.

Deux semaines plus tard, les choses rentrent enfin dans l’ordre. Lors de la manche canadienne, l’écurie transalpine remet les pendules à l’heure et atterrit à Montréal sans moteurs. Alors pour expliquer cette déconvenue, Sassetti explique qu’un violent orage a perturbé le décollage de leur avion, contraignant le pilote à décharger sa cargaison. Manque de pot, les moteurs sont restés sur le tarmac. Un niveau de mythomanie rarement atteint dans l’histoire du sport.

Une fin d’histoire hollywoodienne pour Andrea Moda

Un mois après, la manche à Silverstone marque l’apothéose de l’ère Andrea Moda. En l’espace d’un week-end, les italiens vont frapper fort, très fort. Moreno est envoyé en piste pour les pré-qualifications. Seul problème le plein n’a pas été fait : l’espagnol tombe en panne d’essence. McCarthy pense être épargné, mais l’anglais sort des stands en pneus pluie alors que la piste est totalement sèche. À ce niveau-là, on parle de génie.

Comme si ça ne suffisait pas, McCarthy n’a même pas le temps de rentrer qu’une bagarre intervient dans son stand. Sassetti en personne en vient aux mains avec ses mécanos. La cause ? Non pas l’erreur de pneus sur la voiture du britannique mais le retard de paiement du boss italien. D’ailleurs McCarthy doit en plus de ça se payer lui-même les déplacements sur les Grands Prix. Lunaire.

La trêve estivale terminée, le monde de la F1 se rend sur le circuit de Spa-Francorchamps. Exceptionnellement, Sassetti autorise McCarthy à participer aux qualifications. Sauf qu’une fois en bas du Raidillon, il perd le contrôle de sa voiture. Un crash à 300km/h. La direction assistée s’est cassée, mais ce n’était pas un hasard.

« Oui on sait que ta direction est cassée. Elle était cassée déjà quand tu es parti du stand » Mécanicien

Plus tard, McCarthy révèlera que le mécanicien chargé de sa voiture était en fait l’ancien cuisinier de Minardi. Comment avons-nous pour ignorer autant de temps ce team sérieux ? Suite à de nombreuses factures impayées, des huissiers se rendent à Spa et saisissent le matériel de l’écurie. Sassetti tente un dernier coup de panache : il leur fournit de fausses factures. L’italien finit la nuit en prison, et voit Andrea Moda exclue définitivement de la F1 pour « nuisance à sa réputation ».

Grazie mille, Signore Sassetti.