Championnat d’Europe 2018 | Le decathlon plein de mordant de Kevin Mayer


Kevin Mayer, Europe 2018

Kevin Mayer se plaît à martyriser la FFL durant les compétitions internationales. Mais lors des championnats d’Europe d’athlétisme en 2018, Kevin nous a rappelé à quel point le sang français coulait à flot dans ses veines.

Août 2018, championnats d’Europe d’athlétisme de Berlin. Kevin Mayer entame son décathlon. Le Montpelliérain arrive en terres allemandes avec le statut d’archi favori. Champion du monde en titre, il vise clairement la médaille d’or et le record du monde d’Ashton Eaton. Tout le monde s’attend à voir la tignasse blonde du Français trôner tout en haut du podium. À la FFL, on regarde la compétition de loin en priant pour que le Français se rate sur une discipline à risque comme le 110 m haies ou la perche. Mais non, le salut viendra de la longueur.

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En cette auguste matinée berlinoise, rien ne semble pouvoir entraver la conquête du titre de Kevin Mayer. L’athlète est en forme, sans pépin physique, les conditions sont bonnes, bref, tous les voyants sont au vert. Dès le 100m, première épreuve du décathlon, Kévin Mayer met les choses au clair en établissant un nouveau record personnel (10’’64). La FFL n’espère pas grand-chose : le Français est sur ses standards habituels.

Un stade chargé d’histoire

Sauf que dans cet Olympiastadion, nous ne sommes pas n’importe où. Haut lieu de la lose française depuis un soir de juillet 2006, où l’équipe de France de football a écrit l’une des plus belles pages de son sport. En effet ce stade est garni de bonnes ondes laissées par Trezeguet et le crâne de Zinédine Zidane. Hors de question que cet héritage soit bafoué.

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Ce n’est qu’à la seconde épreuve, le saut en longueur, que Kevin Mayer se rend compte du poids de l’histoire qui pèse sur ses épaules. Dès le premier bond, les intentions sont bonnes. Une belle mise en action et une planche mordue. À la FFL, on lève un sourcil. Dans un concours à trois sauts, débuter par un essai mordu est toujours bon signe. Deuxième tentative : même course, même planche, même croix rouge au tableau des scores. Les calculs sont pas bons Kevin !

Troisième essai : le Français réclame « le clap » du public, s’élance et s’engage pleinement. Pourquoi assurer après tout ? Au moment où il retombe dans le sable, un drapeau rouge s’élève dans le ciel berlinois. Mordu ! Et un, et deux, et trois zéros. La bande à Jacquet en a fini de batifoler. Zéro point inscrit à la longueur, Kevin Mayer vient de dire adieu à ses chances de titre ou de podium. L’héritage est sauf.

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La prémonition de coach Valcin

Quelques jours avant le début de la compétition, l’entraîneur de Mayer, Bertrand Valcin, avait laissé entendre que la longueur pouvait « dynamiter le décathlon. » Le technicien n’avait jamais vu aussi juste. L’explosion a même soufflé son élève en dehors de la compétition. Dépité, « Kéké » abandonne son décathlon. Les Mayer partent toujours les premiers.

Dans un élan de performance inattendu, mais toujours bienvenu, Ruben Gado et Romain Martin, les deux autres Français du décathlon réalisent eux aussi une copie parfaite en mordant toutes leurs tentatives. Solidaires dans la victoire, comme dans la défaite. En toute humilité, ils iront au bout de leur décathlon, laissant la gloire de l’abandon au seul vrai héros de la journée.

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