Bundesliga (1985) | Winklhofer, ce héros allemand


winklhofer - FFL

Il y a eu Andrés Escobar, et puis il y a Helmut Winklhofer. Deux buteurs contre leur camp, bref deux génies, qui n’ont pas connu le même destin… Le premier, on s’en souvient, a été si incompris qu’il en est mort, assassiné au retour de la Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis. Alors qu’en Allemagne, l’honorable Winklhofer n’est pas seulement ce défenseur triple champion avec le Bayern (1986, 1987, 1989), jamais titulaire indiscutable mais joueur de devoir par excellence, solide. La Bundesliga et surtout la chaîne ARD, par l’intermédiaire de sa mythique émission Sportschau, le Téléfoot local, rappelaient en août 1985 que l’Allemagne a décidément toujours un coup d’avance en termes de compréhension du ballon rond.

Exposons les faits, la toile de maître. Le Bayern se déplace à Uerdigen en ouverture du championnat. A la 35e minute, Winklhofer est décidé à frapper fort pour son grand retour au club, presque ses débuts après trois ans passés à Leverkusen et seulement deux matchs joués auparavant avec les Bavarois. Plus qu’une envie de s’imposer d’entrée parmi le grand Bayern, ce qui n’a jamais été chose facile, c’est la preuve d’un panache maximal. De cette idée du sport que nous défendons depuis tant d’années. C’est grâce à des gens comme Winklhofer, qui place ce 10 août 1985 un boulet de canon de 25 bons mètres dans la lucarne de son propre gardien, Jean-Marie Pfaff, que la FFL a fini par voir le jour. Et c’est là que Sportschau magnifie la scène, puisque la pureté du geste lui vaudra tout de même le titre de but du mois d’août.

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« Et puis ça a vraiment décollé. C’est parti, parti… »

Toujours bon pour le CV. Surtout qu’il s’agit d’un vrai but décisif, le Bayern s’inclinant 1-0. Le coach Udo Lattek avait tout de suite compris l’or qu’il tenait entre les mains : « Je l’ai remplacé à la mi-temps, car c’est désormais notre meilleur buteur. Il fallait que je le préserve. » Un hommage national a été rendu en 2015, année du décès de cet immense technicien, par notre consoeur la FAL (Fédération Allemande de la Lose). En souvenir, notamment, de ce discours resté dans les mémoires. Deux phrases simples valent mieux que d’indigestes tartines. Lattek demeure célébré comme un Martin Luther King de la lose. En Allemagne, même 35 ans plus tard, réussir une Winklhofer reste un geste technique fantasmé par tous à travers les générations (ce que Franck Queudrue installe en France, doucement mais sûrement).

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En 2008, le héros est revenu sur ce plus beau jour de sa vie. Des étoiles plein les yeux : « Je voulais seulement passer le ballon par-dessus le pied de mon adversaire. Au début, je me disais que ça allait loin. Et puis ça a vraiment décollé. C’est parti, parti… Tout le monde s’est regardé. Même les spectateurs, incrédules. Si j’avais voulu faire ça, je n’y serais sûrement pas arrivé. » L’instinct du (très) grand buteur. « C’était comme si le coach m’avait dit que si j’y parvenais, j’aurais mon jour de libre le lendemain. » Winklhofer aurait obtenu une semaine pleine de vacances. Cette information est néanmoins difficile à vérifier… Inscrite dans la légende, en quelque sorte. « Les joueurs, on est rapidement passés à autre chose. Mais pas le public. » Une nouvelle preuve que le sport est fait pour être partagé.

« Il y avait une règle tacite. Un but contre son camp ne devait pas être nommé »

Le seul qui n’a jamais compris grand-chose à la lose dans ce club, c’est bien Uli Hoeness. « Je lui ai dit que je pouvais aller recevoir le prix dans l’autodérision. Il m’a répondu que c’était inutile d’aller remuer le couteau dans la plaie. » Il y a les grands hommes. Et les plus petits… Winklhofer reprend : « Il y avait une sorte de règle tacite. Un but contre son camp ne devait pas être nommé pour les buts du mois. Sinon, même Franz Beckenbauer serait passé avant moi ! On a donc été surpris. D’autant que l’émission était un peu considérée de la maison… »

Finalement, la récompense sera bien remise au joueur dans la plus stricte intimité, à un repas de Noël du club. « J’ai gardé cette médaille. Je ne l’ai jamais maudite. Je n’ai tué personne ! Si l’émission n’avait pas voulu se moquer du Bayern, jamais ça n’aurait été un si gros problème. » Winklhofer rappelle enfin cette phrase maintes fois répétée ensuite sur les terrains du géant bavarois, qui ne se serait sans doute pas maintenu à un tel niveau d’excellence sans cette devise : « Attention Jean-Marie, recule ! Helmut arrive ! » La maturité finale d’une trajectoire unique, démarrée dès 1981 en étant sacré champion du monde U20 avec un certain Ralf Loose. Un parcours décidément hors du commun.

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