F1 2022 | Les 4 désastres stratégiques de Ferrari à mi-saison


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Cette saison, la Scuderia Ferrari est parvenue à concevoir une monoplace méga rapide dans tous les domaines. Mais s’il y en a bien un qui reste au-dessus de tous les autres, c’est la stratégie. Avec comme cerveau de la bande, Mattia Binotto.

Après avoir remporté deux des trois premières courses de la saison, les observateurs voyaient déjà en Charles Leclerc un possible champion du monde. Mais un détail leur échappait ; l’écurie pour laquelle il roule. Plus poissarde que l’écurie Prost GP, plus incompréhensible tactiquement que Teheiura avec ses colliers d’immunité. La Scuderia a tout d’une grande équipe.

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Comme dans toutes les saisons, il y a toujours une course qui vous fait prendre un tournant majeur. Si ce dernier peut vous envoyer vers le titre, il peut également vous faire traverser une période encore plus dorée. Celle des courses foirées, des paquets de points abandonnés en route et des stratégies improbables. Ce tournant pour Charles Leclerc a sans aucun doute été le Grand Prix d’Espagne. Leader incontestable et incontesté de la course, son moteur rend l’âme. Le Monégasque perd la tête du championnat, idem pour Ferrari. Charles arrive pourtant tout sourire devant les caméras pour affirmer qu’il reste optimiste au vu du niveau de sa voiture. Mais ce qui va suivre dépasse certainement ses espérances : une seule victoire sur les huit courses suivantes, tandis que Verstappen en remporte cinq.

Et sur ces 8 Grands Prix, 4 chefs-d’œuvre stratégiques de la Scuderia. Retour sur ces quatre Grands Prix où Ferrari a été un meilleur coéquipier pour Max Verstappen que Checo Perez.

GP de Monaco

Sur ses terres, Charles Leclerc signe une pole position probante, trois dixièmes devant son coéquipier Carlos Sainz. S’il y a bien un circuit où il est impossible de dépasser, c’est en Principauté. Alors voyant que Charles ne pourrait pas se faire doubler en piste, ses ingénieurs prennent les devants. Ils ne couvrent pas la stratégie de Sergio Perez qui passe en pneus intermédiaires, et laissent Leclerc en pneus pluie usés. Ils ont néanmoins le déclic quelques tours plus tard, ce qui permet à Charles de ressortir 5 secondes derrière Perez. Habile.

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Mais il ne s’agit que de l’entrée. Le plat de résistance est servi cinq tours plus tard. Voyant la piste évoluer à grands pas, les ingénieurs Ferrari paniquent et demandent en catastrophe à Leclerc de rentrer aux stands. Manque de pot pour eux, ils n’ont pas vu que Carlos Sainz effectuait son arrêt au même moment. En même temps, cela nécessitait de faire coulisser leur siège et de se retourner de leur poste de commandement. Un effort qui n’est pas donné à tout le monde, soyons honnêtes. Résultat, le même ingénieur hurle dans la radio de Leclerc de ne finalement pas rentrer… quand celui-ci est déjà dans la voie des stands. Leclerc patiente derrière Sainz, effectue un arrêt moyen et ressort 4e derrière Verstappen. Un pur chef-d’œuvre.

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Un enchaînement « Box now, box now » « stay out » en moins d’une seconde qui nous procure toujours autant de frissons.

Excuses de Mattia Binotto, partie 1.

« On a fait que des erreurs, ce qui nous a coûté une victoire. Ceci dit ce n’était pas facile de juger. La vitesse des pneus intermédiaires nous a surpris. On a eu un peu de malchance également avec le trafic » M. Binotto

Frustration de Charles Leclerc, partie 1.

« Je suis dégoûté, on ne peut pas se permettre de passer à côté de course comme celle-là. C’est comme ça, mais il ne faut pas que cela se reproduise trop souvent dans l’année » C. Leclerc

Si seulement tu savais ce qui t’attendait, Charles.

GP du Canada

Chez Ferrari, les talents sont présents de partout. Les ingénieurs ne sont pas les seuls à apporter une touche de chaos dans les courses de Charles Leclerc. En effet, il ne faudrait pas oublier trop vite les arrêts aux stands. Parti dernier du Grand Prix du Canada après avoir changé des éléments sur sa monoplace, Charles entreprend une remontée vertigineuse. Le voici 6e au bout de 33 tours. Le Monégasque n’a plus qu’à effectuer un arrêt propre aux stands pour pouvoir prétendre à un podium inespéré.

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Leclerc s’immobilise devant son stand pour changer de pneus, puis attend quelques secondes, de longues secondes. Suffisamment pour ressortir en 12e position, pile derrière un train DRS. Et qui plus est composé des énergumènes Stroll, Zhou, Tsunoda et Ricciardo. Leclerc finit finalement 5e, quand Verstappen empoche 25 points supplémentaires. Ce qui n’a plus tellement l’air de surprendre le principal intéressé.

« On a malheureusement eu le problème au stand, qui m’a renvoyé dans un autre train de DRS. On doit comprendre ce qui s’est passé, mais ça fait partie de la course, et sans ce problème je pense qu’on aurait pu faire mieux » C. Leclerc

GP de Silverstone

Comment évoquer les plus beaux foirages de la Scuderia sans faire référence à celui du Grand Prix de Silverstone? Bloqué derrière son coéquipier Sainz, Leclerc demande à ce qu’on le laisse passer. Sainz ne va pas assez vite, Leclerc reste blotti dans les échappements de l’Espagnol, perd de grosses secondes, mais la Scuderia ne bouge pas d’un iota sur sa décision. Pour finalement revenir sur sa stratégie, et demander à Sainz de laisser passer Leclerc en tête de la course. Allez comprendre.

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Mais ce qui va suivre est encore plus joliment inexplicable. Tandis qu’Ocon a immobilisé sa voiture en pleine ligne droite – jamais le dernier pour un calembour – Ferrari décide de laisser en piste Leclerc avec ses pneus usés. Et fait entrer Sainz pour des pneus softs neufs. Tous les autres pilotes derrière se jettent dans les stands, sauf Leclerc. On a attend toujours l’explication de ce mystère irrésoluble. Bien évidemment, Charles Leclerc dégringole dans le classement lors du restart et chute à la 4e position.

Excuses de Mattia Binotto, partie 2.

« On a laissé dehors Charles car il était en tête, c’était celui qui avait les pneus les plus frais parmi les deux, et Carlos pouvait essayer de le protéger derrière. On aurait espéré que les softs dégradent, ce qui n’a pas été le cas » M. Binotto

Frustration de Charles Leclerc, partie 2.

« Pourquoi ne pas avoir chaussé de pneus tendres lors de la voiture de sécurité ? On pouvait, mais moi on m’a demandé de rester en piste » C. Leclerc

Mieux encore, Mattia Binotto vient trouver le Monégasque à la fin de la course pour lui faire un cours de gestion de colère. Le culot à son paroxysme.

GP de Hongrie

Peut-être l’erreur la plus criante de toutes. Alors que Leclerc vient de doubler le leader George Russell, son team lui demande de rentrer aux stands. En effet, après avoir vu que les deux Alpine vivaient un enfer sur Terre avec leurs pneus hard, la Scuderia décide de les chausser à leur tour sur la voiture de Charles. En fin de compte, quand on comprend le concept de Ferrari, à savoir bousiller les moindres espoirs de Leclerc, il s’agit d’un choix cohérent.

« On ne regarde pas la même course » J. Villeneuve

Leclerc se fait doubler par Verstappen et Russell, avant de retourner aux stands 15 tours plus tard seulement. Le Monégasque n’aura même pas pu profiter du seul avantage des pneus hard ; leur endurance. Charles a roulé aussi longtemps avec les hards que les autres l’ont fait avec les médiums, mais en étant plus d’une seconde plus lent au tour. Astucieux.

Leclerc ressort en 6e position, ce qui sera aussi son classement final. Pendant que Verstappen remporte la course, alors qu’il est parti 10e. Tout cela n’a absolument aucun sens.

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Excuses de Mattia Binotto, partie 3.

« Je crois que la raison de ce résultat, c’est la voiture. Elle n’a pas fonctionné comme on espérait ». M. Binotto

Frustration de Charles Leclerc, partie 3.

« Les hards étaient un carnage. Les médiums étaient bons, j’avais un bon feeling dessus. Je ne comprends pas. On ne peut pas espérer gagner le championnat si on fait des courses comme ça » C. Leclerc

Mais quelque chose nous dit que ce top devrait rapidement être rejoint par de nouveaux craquages lors de la seconde moitié de la saison.

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