Euro 2020 – France | Les cousins suisses sont nos frères.


France - Suisse

Finaliste en titre et championne du monde, l’équipe de France abordait l’Euro 2020 avec la plus grande sérénité. Mais l’obstacle suisse en huitièmes de finale a permis de ressortir un vieux savoir-faire français : le 3-5-2. Made in Deschamps cette fois-ci.

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La France lance sa compétition face à l’Allemagne à Munich. Les Bleus l’emportent sur un but contre son camp de Mats Hummels. Les Français ne le savent pas encore, mais ils ne gagneront plus dans cet Euro. Quatre jours plus tard seulement, les Bleus ont rendez-vous dans la fournaise de Budapest pour y affronter les Hongrois. Les hommes de Didier Deschamps arrachent un triste match nul.

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Mais les héros de cette journée sont ailleurs. En effet, six supporters français ont eu la bonne idée de confondre Budapest avec Bucarest. Résultat ? Aucun joueur de l’équipe de France à l’horizon. Les six génies ont dû se résoudre à se laisser transporter par une visite de la Roumanie. Au summum du glamour.

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Le dernier match de poules laisse place au remake de la dernière finale de l’Euro, face aux Portugais. Quatre buts, trois pénaltys et un score nul 2-2. Les Bleus terminent tout de même premiers du groupe, mais abordent les huitièmes de finale avec le minimum de confiance possible.

La révolution tactique de DD

La France hérite de la Suisse en huitièmes de finale. Autrement dit, un laissez-passer pour les quarts. En effet, la Nati est redoutable lors des phases finales de compétitions internationales. Le dernier succès des Helvètes remonte à la Coupe du Monde 1938, et leur dernier but lors du Mondial 1954. Autant dire qu’il sera difficile de se faire éliminer par eux. Mais restons prudents, impossible n’est pas français.

Avant la rencontre, Didier Deschamps doit composer avec une ribambelle de blessés en défense. Ce qui lui permet de se lancer dans une mixture tactique digne du plus mauvais des Tacos de ta ville. Après le 4-5-1 de Lolo White à l’Euro 2012, place désormais au 3-5-2 de DD. Tactique déjà sortie du chapeau par un certain Laurent Blanc avec le PSG lors des quarts de finale de Ligue des Champions face à Manchester City. Déjà lui. Deschamps aligne Varane, Lenglet et Kimpembe dans une défense à trois inédite. Sans oublier Adrien Rabiot en piston gauche. Impossible de se dire que c’est Didier Deschamps qui a pensé à cette composition, quand on connaît la rigidité intellectuelle de l’homme.

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Le résumé du match France – Suisse

Dès le quart d’heure de jeu, les Bleus démontrent que la science tactique de la Dèche a atteint le nirvana ce soir-là. Pavard prend soin de ne pas gêner Zuber pour que ce dernier adresse un centre à Seferovic. Dans la même veine, Kimpembe et surtout Lenglet se gardent bien de se placer trop proche du buteur suisse. 1-0 pour la Nati, et ce n’est que le début. La Suisse rentre aux vestiaires avec un but d’avance. De quoi convaincre Deschamps que ce 3-5-2 n’est pas une grande réussite. Lenglet retrouve son banc chéri à la pause, remplacé par Kingsley Coman. Comme lors de la finale de l’Euro 2016, Coman entre en cours de match. Pour le même résultat. Kingsley, ou le pompier qui n’est pas de service.

Cinq minutes après la reprise du jeu, ce même Zuber s’en va sur son côté gauche. Pavard est à la traîne, et revient en boulet de canon pour envoyer un giga tacle dans la surface. L’ailier suisse laisse Benjamin aller dans le zig, quand lui décide de se rendre dans le zag. Pénalty. Ricardo Rodriguez s’élance, mais Lloris stoppe le pénalty. Une action quasiment inédite.

La Révolution française, version 2021

À la 56e minute, les Bleus décident de renverser la table. Enfin, Karim Benzema plutôt. L’attaquant madrilène ajuste Sommer dans un duel, avant de pousser le ballon de la tête dans le but vide 2 minutes plus tard. On se portait finalement bien quand il n’était pas là. À un quart d’heure du terme, Pogba décide de suivre la mutinerie orchestrée par Benzema, et envoie un missile enroulé dans la lucarne de Sommer. Missile ponctuée de la plus longue célébration de l’histoire du football. La France mène 3-1. Les Suisses deviennent tout à coup nos cousins éloignés.

Mais c’était sans compter sur la détermination des Helvètes. On joue la 80e minute, et Seferovic coupe à nouveau un centre de la tête pour réduire le score. On a tous, à ce moment précis, les mots de Patrick Montel qui résonnent dans notre tête. Alors peut-être. Paul fait du Pogba, essaye de conserver le ballon au rond central au lieu de le faire circuler. La Pioche se fait subtiliser le ballon, Xhaka trouve Gavranovic qui ne se prive pas pour briser les reins de Kimpembe au passage. Le Suisse arme une frappe puissante du droit dans le petit filet. Lloris est à un bon mètre. Il y a eu Kostadinov et Eder, il y aura désormais Gavranovic.

Il ne reste que quelques secondes à jouer dans le temps réglementaire. Moussa Sissoko tricote comme à son habitude sur le couloir droit, mais parvient à trouver Coman au second poteau. Kingsley a la possibilité d’effacer la réputation qui le précède chez les Bleus. Mais il voit sa tentative repoussée par la barre transversale. Prolongations.

La Suisse écrit l’histoire, la France aussi

Ces dernières ne donnent strictement rien, et envoient les 22 joueurs à la séance de tirs au but. Les neuf premiers tireurs transforment leurs tentatives, malgré celle totalement manquée de Vargas qui ne doit sa réussite qu’à la main molle de Lloris. Cinq tireurs suisses, cinq buts. Un sans faute de Hugo dans les buts. C’est au tour de Kylian Mbappé d’avancer vers le ballon, lui qui n’a marqué aucun but dans cet Euro, ni cadré aucune frappe. Autrement dit, une confiance au max. Quelques pas d’élan, et une manchette de Yann Sommer qui renvoie les Bleus à Clairefontaine.

Le moment idéal pour écouter les pronostics des spécialistes du football français. Dont voici un petit florilège.


« Les Suisses ne vont pas voir le ballon. Je ne vois pas comment les Français pourraient perdre ce match, à moins qu’ils restent coincés dans l’ascenseur avant de partir » R. Domenech

« Avec tout le respect qu’on peut avoir pour les Suisses, car je sais qu’avec les Belges ils nous prennent pour des arrogants, et c’est peut-être vrai aussi quelque part, si la France fait son match, je ne pense pas que la Suisse pourra espérer quoique ce soit » E. Petit

La France vient d’être éliminée par la Suisse en phase finale de compétition internationale. Mieux encore, Didier Deschamps vient d’être battu tactiquement par Vladimir Petkovic. Cette phrase est juste incroyable. On croit rêver. Les Français n’ont pas fait que perdre ce match, ils ont aussi battu un record vieux de 45 ans. En effet depuis l’Euro 1976, aucune sélection n’avait été éliminée en phase finale d’un Championnat d’Europe après avoir mené par deux buts d’écart.

Le savoir-faire français à son apogée.

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