Tour de France 2017 | Le Contre-la-montre presque parfait de Romain Bardet


French Romain Bardet of AG2R La Mondiale is surrounded by press after the twentieth stage of the 104th edition of the Tour de France cycling race, an individual time trial in Marseille, France, Saturday 22 July 2017. This year's Tour de France takes place from July first to July 23rd. Photo : Avalon / Icon Sport

Ces dernières années, le cyclisme français et contre-la-montre n’ont jamais fait bon ménage. Et si la performance d’Alaphilippe (et de Pinot) au contre-la-montre de Pau pendant le Tour de France 2019 nous avait hautement déçus, il ne faudrait pas renier ces années de dur labeur de notre part pour faire de cette épreuve le firmament de la lose sur pédale tricolore. Retour sur le CLM du Tour de France 2017, avec Romain Bardet.

L’état des lieux pour Romain Bardet

Après un Paris-Nice exceptionnel (Disqualifié, car il s’est accroché à une voiture), Bardet voulait confirmer sur ce Tour 2017. Et pendant 2 semaines et demi, c’est une prestation loin de nos standards qu’il va réaliser. Bien calé dans le haut du classement, il rattrape du temps à tout le monde — et surtout à Christopher Froome — lors de la 12e étape qu’il remporte à Peyragudes. Et lors de la 17e étape, bien aidé par Warren Barguil, il est offensif lors du Galibier. Si cela ne suffit pas à larguer Christopher, « les yeux rivés sur le compteur de watt » Froome, Fabio Aru, lui, craque.

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Au matin de l’avant-dernière étape, Romain Bardet est à 23 secondes de Froome. Dans son rétro, il a Rigoberto Uran à 6 secondes, et Mikel Landa à 1 minute 13. En théorie, on pourrait se dire que tout est jouable pour le français. En pratique, c’est un peu plus compliqué. Cette étape est un contre la montre. Et contrairement à des Anquetil ou des Hinault, ça n’est pas la spécialité de Romain Bardet. Mais genre, pas du tout.

Marseille — Marseille. La seconde de soulagement

D’ailleurs, peu de monde parie sur Romain Bardet. Même l’Équipe, pourtant parfois si prompt à y croire lors de Gasquet-Nadal sur la Terre du Chatrier — n’en fait pas un gros titre porteur d’espoir. Non, dans un simple bandeau haut de page, ils condamnent l’auvergnat à l’exploit. A priori, il y avait quelque chose de plus important selon eux à ce moment-là.

Le Tour de France essaye de son côté de faire monter la sauce. Qui sait ? Une chute, un travail en soufflerie l’hiver… sur un malentendu. Après tout, Romain Bardet avait bien fini devant Christopher Froome au Tour de Romandie 2015. Alors, qui sait ?

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Le parcours — plutôt touristique — de ce contre la montre, commence au Vélodrome, longe la corniche, avec en point d’orgue la montée raide de Notre-Dame de la Garde, pour revenir sur le Vélodrome. 22 kilomètres pour l’histoire.

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Mais très rapidement, le peu d’illusions que le public pouvait avoir va disparaitre. Christopher Froome, à la recherche d’un succès sur ce Tour, pose directe la climatisation. 44 secondes d’avance sur Bardet au premier intermédiaire. D’ailleurs, c’est derrière qu’il va falloir regarder pour Romain Bardet. La seconde place est déjà un lointain souvenir : Rigoberto Uran lui colle 19 secondes et surtout, le Français parait complètement hors du coup.

Incapable de relancer, les secondes défilent et c’est maintenant le podium qui se joue. Mikel Landa grignote au fur et à mesure des secondes sur Bardet. A l’agonie dans la montée de Notre-Dame de la Garde, le français doit avoir l’oreillette qui siffle. Mikel Landa a effectué un chrono très correct. Pour la seconde place, malgré un tour dans la balustrade, Rigoberto Uran est large de chez large.

Comble de l’agonie, dans les derniers mètres, Bardet sent le souffle de Froome — parti 2 minutes après lui — dans sa nuque. Il sauvera quand même son honneur en ne se faisant pas doubler. Double sauvetage d’honneur d’ailleurs. Il conservera le podium pour 1 petite seconde sur Landa.

Bah ouais mais du coup c’est peut-être pas super pratique comme technique…

Et comme la dernière étape du Tour est devenu tristement au fil des années du cyclotourisme, il n’y a aucun risque de perdre cette précieuse seconde sur les Champs.

Et après ?

Romain Bardet évitera donc une 4e place qui aurait eu son pesant de lose. Bien que rétrogradé d’une place par rapport à 2016, il n’aura finalement jamais été aussi proche de Christopher Froome – et donc de la victoire finale. Le kenyan blanc remportera ici son dernier tour de France- Le premier qu’il gagnera sans la moindre victoire d’étape. Nous avons le panache, les britanniques ont le flegme.

Romain Bardet ira d’ailleurs s’essayer sur la Vuelta la même année. Il y fera un contre-la-montre absolument apocalyptique,  et terminera l’épreuve 159e sur 164 à 8 minutes 23 de Froome. Une épreuve qui restera dans la mémoire collective de la FFL.