GP de l’Eifel | Grosjean, grandeur et décadence


Essais libres et qualifications

Dès les premières secondes, il était écrit que ce week-end serait grandiose. Toujours à la recherche de la moindre innovation lui permettant de maintenir son leadership de la lose, Romain Grosjean va couper les fils de l’hélicoptère médical afin qu’il ne puisse pas décoller. La météo était le prétexte officiel, mais les essais libres sont bel et bien annulés. Mick Schumacher, descendant du winner ultime, ne pouvait décemment pas effectuer ses débuts dans un tel contexte. Grosjean est donc dans le même temps que Lewis Hamilton.

Et le lendemain, le rayon de soleil. L’apparition divine. Lance Stroll est coincé au cabinet, ce qui force le nouveau rappel en catastrophe de la légende Nico Hülkenberg chez Racing Point. D’une régularité à toute épreuve, même à la dernière minute alors qu’il devait commenter le Grand Prix pour la télévision allemande, le patron valide le 20e temps et part dernier sur la grille.

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Dès le départ, les Français rivalisent encore d’ingéniosité afin de rendre hommage à Gustave Eifel – dont on ignorait, jusqu’à cette semaine, qu’il avait aussi donné son nom à un Grand Prix. Esteban Ocon et Pierre Gasly perdent chacun deux places (neuvième et 14e), Grosjean est imprenable et passe lui de la 16e à la 20e et dernière place. A la radio, il prononce alors cette phrase déjà inscrite dans les annales (les nôtres, en tout cas) : « J’ai dû me casser le doigt avec un caillou. » Au 11e tour, Sebastian Vettel, toujours dans sa tentative trop tardive d’égaler notre héros national, part seul en tête-à-queue au milieu du peloton. Trois boucles plus tard, Valtteri Bottas se rattrape lui après un départ difficile. Il laisse poliment passer Lewis Hamilton, avant d’abandonner quatre tours plus tard : « No power. »

Le show Albon

Au 15e tour, Kimi Räikkönen envoie valser George Russell sans raison, à la dernière place. Tout ce qu’on aime. Deux tours après, c’est le début du show Alexander Albon : le digne remplaçant du traître Pierre Gasly coupe la route à Daniil Kvyat alors qu’il l’avait tranquillement dépassé. « C’est stupide, nul et totalement inutile » pour Julien Fébreau sur Canal+, « un pilotage indigne de la F1 » selon Jacques Villeneuve. Très vite (22e tour), Albon est à deux doigts de réussir sa vengeance en allant embrocher Pierre Gasly tel un Takuma Sato des grands jours. C’est raté de peu. « Ils sont trop durs à dépasser », lâche le jeune talent à la radio. Pénalité quand même, mais face à tant de bravoure, Red Bull récompense son poulain en le faisant directement rentrer pour l’abandon.

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Le scénario cauchemardesque

Dans la foulée, Ocon prolonge notre sourire bleu-blanc-rouge en abandonnant à son tour. « Problème hydraulique, j’ai tout perdu, mais ça fait quand même plaisir pour l’équipe. » Le Normand nous fait croire qu’il est heureux de la performance de Daniel Ricciardo, qui ira chercher le podium, mais on a bien sûr compris la véritable teneur du discours. Ce grand ciel bleu, malheureusement, va disparaître. Après le beau temps, la pluie fait mal. Au-delà de l’infamant podium Renault, Gasly gagne six places (par rapport au départ) et termine sixième. Ça encore, ça va, on a eu le temps de s’habituer. Mais Hülkenberg qui gagne 12 places et finit huitième, ça non ! Jamais ! Et puis le coup de grâce : Grosjean neuvième. Ses premiers points de la saison. Inacceptable. Plus qu’une douche froide, c’est une faute professionnelle de la part d’un tel champion.

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« Enfin, je ne suis plus dernier au classement des pilotes », s’exclame-t-il honteusement, dans cette forme de petite espièglerie qu’on ne lui connaissait pas. Le Suisse – oui, là il est suisse, voilà – passe effectivement 18e avec deux points, soit un point d’avance sur son coéquipier Kevin Magnussen (et deux sur Nicholas Latifi et George Russell, qui eux ne déçoivent pas). « Ça fait du bien pour toute l’équipe, au Mugello on avait montré aussi, on cherche tout ce qu’on peut à l’arraché. On sait que la voiture sera comme ça toute l’année, quand il y a une opportunité comme ça il faut la prendre, ça fait plaisir. On le sentait depuis quelque temps, mais ça ne voulait vraiment pas s’aligner. J’aime ce circuit à l’ancienne. » Juste un doigt. Dont il n’est même plus question, donc.