Coupe UEFA 1986 | Toulouse, la trahison avant l’humiliation


Toulouse Spartak Moscou
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Toulouse n’a pas toujours très bien porté son nom. Il fut un temps où le club de la ville se qualifiait au tour préliminaire de Ligue des champions (et perdait bien entendu). Presque pire, il y avait eu ce début de saison 1986-1987 totalement saugrenu en Coupe de l’UEFA. Une double confrontation contre le Napoli de Maradona couronnée de succès. Heureusement, il n’avait pas fallu longtemps pour que les Toulousains se reprennent.

Saison 1985-1986, le PSG devient pour la première fois champion de France. Derrière lui, Nantes, Toulouse et Lens se qualifient pour la Coupe UEFA. La FFL ne se fait pas de souci pour sa réputation. Lens se fait sortir par les Écossais de Dundee United (2-1 au cumul) tandis que Nantes se mange une rouste panthéonesque contre le Torino (4-0 à l’aller, 5-1 au cumul). Le tirage au sort offre à Toulouse le Napoli. On se dit que le plus dur est fait, encore une Coupe de l’UEFA où le drapeau tricolore ne flottera pas plus loin que les 32e. Eh bah raté.

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Acte 1 : El Pibe de Poteau

Face au futur champion de Serie A, le Téfécé s’apprête à connaître quelques-unes des pires heures de son histoire. Après avoir été battus à l’aller en Italie (1-0), les Toulousains accueillent les Napolitains de Maradona au Stadium. Pour contrer la star argentine, fraîchement championne du monde, coach Jacques Santini sort de son chapeau une tactique tout droit venue des entrailles du niveau District : lui coller aux basques Benoit Tihy pendant tout le match, en marquage à la culotte.

En résumé, nous avons donc droit à un duel entre le meilleur joueur du moment sur la planète et un latéral toulousain formé à Valenciennes. L’idée est séduisante sauf que rien ne se passe comme prévu et Tihy met Maradona dans sa poche pendant tout le match.

Encore pire ! Entre-temps, Toulouse a marqué par l’intermédiaire de Yannick Stopyra. Égalité parfaite sur l’ensemble des deux matches, direction les prolongations, puis les tirs aux buts. Pendant la séance, Philippe Bergeroo arrête une tentative napolitaine tandis que ses coéquipiers ne se ratent pas. Diego Maradona se présente face à lui. S’il marque, Naples peut encore éliminer Toulouse. S’il se manque, c’est terminé et la FFL est humiliée.

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Serein, l’Argentin s’élance, ouvre son pied gauche et envoie le cuir… sur le poteau droit. Le ballon ressort et vient taper le genou de Bergeroo (qui était battu évidemment). Le temps d’une fraction, nous croyons en notre bonne étoile pour que la balle revienne vers les filets. Mais la chance ne sera pas de notre côté cette fois-ci. Toulouse verra les 16es de finale.

Acte 2 : Passi facile

Sur le coup, on pense que Toulouse vient d’accomplir l’irréparable. Mais nous ne sommes pas arrivés au bout de nos peines car un second exploit est sur le point d’arriver. Contre le Spartak Moscou au tour suivant, notre chimère porte un nom : Passi. Et un prénom : Gérald. (Le grand frère de Franck Passi que les Marseillais et les Lillois ont vu passer sur leur banc.) L’Albigeois de naissance sort le match de sa vie et inscrit un triplé. Dont une ogive en pleine lucarne et un raid solitaire où il élimine trois joueurs avant de tromper Dasaev. Score final : 3-1. Passi devient un héros toulousain. Et comme en France, on ne peut pas s’empêcher de s’emballer, certains verront en lui la possible relève de Platini… Il n’aura « que » 11 sélections en Bleu. Tradition des successeurs respectée ✅.

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Acte 3 : l’heure de passer à la caisse

Quand y en a plus, eh ben y en a encore. La comédie toulousaine se poursuit dès les premières minutes du match retour à Moscou. Jean-Philippe Durand ouvre la marque dès la 6e minute. Pour se qualifier, les Russes doivent désormais planter 4 buts. Quatre buts ?! Mission impossible. Cinq en revanche…

C’est un classique de la FFL : partir fort pour mieux s’écrouler. Tel Pierre Rolland, les Toulousains ont tout donné sur quelques hectomètres avant de laisser partir le train adverse. Deux minutes à peine après l’ouverture du score, le Spartak égalise. On se dit alors que l’espoir n’est pas mort, que les planètes sont peut-être finalement alignées. En tout cas, elles le sont plus que la défense des Violets qui laissent totalement seul Rudakov sur le deuxième but soviétique.

Exceptionnels de transparence, les Toulousains prendront 3 buts supplémentaires en deuxième période. Le Téfécé n’existe plus, il vient de laisser place au Té-fessé. Suffisant pour sortir de la Coupe UEFA. Jacques Santini analysera avec précision la déroute de son équipe.

On a marqué trop vite.

Il aurait été encore mieux de ne pas marquer tout court. Disons que ça n’a fait que rajouter un peu de piment à cette débandade. Et à la FFL, plus la défaite est épicée, plus on aime.