Tour de France | Primož Roglič : Le jour où tout a basculé…


Primož Roglič planche des belles filles
Primož Roglič en train de rouler sur la FFL. Merci à Baptiste Martin pour la photo!

La France a son Laurent Fignon. La Slovénie a désormais son Primož Roglič. Durant trois semaines, Primož Roglič a semblé contrôler le Tour de France. D’abord en s’emparant aisément du maillot jaune, puis en menant une équipe Jumbo-Visma qui n’a eu de cesse de matraquer ses adversaires.

Les coureurs vêtus de jaune et noir avaient le Tour en main. 3484 kilomètres dirigés d’une main de maître. Dommage, il n’en manquait plus que 36. Retour sur le parcours du nouveau perdant magnifique de Tour de France version 21ème siècle.

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Avant 2018 : Roglič à la limite de l’insolence

Primož Roglič a la particularité d’avoir commencé le cyclisme sur le tard. En effet, le Slovène est de base un sauteur à ski. A seulement dix-sept ans, il est sacré vice-champion du monde junior par équipe. Alors vous vous posez légitimement la question suivante : pour quelle raison un gars qui a connu le succès attirerait notre attention? Patience, tout vient à point à qui sait attendre…

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Voyant qu’il surnage dans sa discipline, Primož préfère changer radicalement de sport pour éviter d’avoir à connaître à nouveau le goût ennuyeux de la victoire. Et on peut le comprendre. Il se lance donc dans le cyclisme, attiré sans doute par l’hypoxie dans les cols, les chutes en descente qui transforment les cuisses en pizza margarita, le mal aux fesses causé par les selles ou les défaites sur la ligne après 4 heures de course. Respect.

Mais là encore, Roglič déçoit. Et pas qu’un peu. Alors qu’il devient coureur professionnel seulement en 2016 (à l’âge de 26 ans !), il remporte dès sa première saison une étape sur le Giro. Une pensée pour nos homologues à la Fédé slovène de la Lose. À leur place, on aurait sué.

Tour de France 2018 : un premier pied dans la Lose

Mais le petit Primož est devenu grand. Il connaît enfin son lot de craquages déroutants.

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Tour de France 2018. Fort de son succès au Tour de Romandie deux mois plus tôt, Roglič ne se sent plus. Fort de ses deux années d’expérience de cycliste pro, il croit pouvoir jouer la victoire finale sur la Grande Boucle. Au fil des jours, son objectif se transforme en sauvetage de la troisième place face à Christopher Froome. Le Slovène a chaud aux fesses, et ce n’est pas à cause de la selle de son vélo cette fois-ci.

Vient alors l’épreuve qui le fera connaître du grand public quelques années plus tard : le contre-la-montre. Celui de l’édition 2018 s’étend sur 31 kilomètres, et se déroule la veille de l’arrivée sur les Champs-Élysées. Tiens tiens…

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La situation est simple. Roglič possède treize secondes d’avance sur Froome avant le contre-la-montre. La balle est dans son camp pour préserver son podium. Récent médaillé d’argent lors des championnats du montre de contre-la-montre 2017, Primož a clairement son destin entre ses mains. Résultat ? Une explosion en plein vol sur les routes d’Espelette. Il terminera à 1 minute et 11 secondes de Froome, et dit adieu au podium pour 58 secondes.

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Soulagé de ne plus avoir à subir la domination de la Team Sky, le public s’est très vite aperçu que ce rôle serait interprété par l’équipe Jumbo-Visma cette année. Un épouvantail qui n’a aucun égal dans le peloton : Van Aert, Dumoulin, Kuss et Primož Roglič pour ne citer qu’eux. Une équipe quasi-imbattable. La chute en sera d’autant plus savoureuse.

Roglič prend donc le maillot jaune lors de la 9e étape. Et dès lors, la course est cadenassée. Les lieutenants du leader slovène vont s’atteler à faire exploser tous les concurrents un à un : Pinot (pas aidé par une chute poisseuse, pour changer), Bernal, Bardet, Quintana, Carapaz… Les rares coureurs ayant survécu au racket quotidien des Jumbo-Visma sont beaucoup trop loin pour inquiéter Roglič lors du contre-la-montre final. Tous, à l’exception de… Tadej Pogacar.

La situation est simple. Primož possède 57 secondes sur son dauphin. La balle est dans son camp (encore une fois) pour préserver son maillot jaune. Roglič a connu cette situation deux ans plus tôt, il devrait donc pouvoir gérer son avance. Résultat ? Une explosion en plein vol sur les routes de la Planche des Belles Filles. Il termine à 1 minute et 56 secondes de Pogacar, et dit adieu au maillot jaune pour… 59 secondes cette fois-ci.

Deux ans séparent ces deux épisodes. Deux ans séparent ce même et unique craquage monumental de celui qu’on surnommerait bien Primoz Rogliche, tant la presque-victoire semble couler dans ses veines.

L’équipe des hommes à abattre aura donc été terrassée par un garçon de 21 ans en solo. Roglič, lui, a peut-être perdu le Tour samedi, mais il aura au moins gagné la compassion du peuple Français. Le voilà entré dans le cercle fermé des perdants magnifiques. Et ça, c’est pas rien.

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