Mondial 2010 – France Mexique | Anelka, l’étincelle de Knysna.


Nicolas Anelka

Le Mondial 2010 repose sur un triptyque hallucinant. Résultats nullissimes, grève dans le bus et insultes de Nicolas Anelka envers Raymond Domenech. Nous allons nous pencher sur ces blasphèmes en question. Et une chose est sûre, ils divisent encore aujourd’hui.

Il était une fois, un soir de 18 novembre 2009 au Stade de France, Thierry Henry commit une main impardonnable en barrages de la Coupe du Monde. La France passe, l’Irlande trépasse. Mais avec le recul, jamais nous n’aurons des mots assez forts pour remercier ce sacrifice de la part de Titi. À l’époque, Captain Henry se met toute la presse à dos. Sauf nous. Et pour cause, le séjour en Afrique du Sud qui résulte de ce sacrifice a offert à la France une gloire internationale et un respect venu des quatre coins du monde.

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Dès la divulgation de la liste des joueurs sélectionnés pour le Mondial, Nicolas Anelka annonce déjà la couleur. Après avoir été écarté du groupe des Bleus à trois reprises avant une Coupe du Monde, l’attaquant français va enfin disputer son premier Mondial. Après l’annonce de la liste de Raymond Domenech, il reçoit le courrier de sa sélection comme s’il s’agissait d’un prospectus publicitaire.

« Je ne me suis jamais donné comme objectif dans ma vie, dans ma carrière, de faire un Mondial » N. Anelka

Ça, c’est dit.

Le match France – Mexique comme déclic

Le premier match des Bleus dans ce Mondial se joue contre l’Uruguay. Un résultat nul 0-0 comme en 2002, mais pour une sortie de piste encore plus soignée. Les Français ont six jours pour préparer la rencontre suivante face au Mexique. Six jours pour élever un niveau de jeu difficilement perfectible. Aucun effort effectué pour le coéquipier, zéro automatisme, jamais deux passes consécutives sans perdre le ballon. En ce mois de juin 2010, Raymond Domenech a atteint le nirvana dont tout sélectionneur rêve.

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Jeudi 17 juin 2010. Il est 20h20 au Peter Mokaba Stadium. Le match est censé débuter dans 10 minutes, mais il commence d’ores et déjà en tribunes. En effet le public réserve une bronca délicieuse à l’adresse de Raymond Domenech. 12 000 kilomètres séparent Paris de Polokwane, et pourtant les 2000 supporters français tiennent à faire comprendre à Raymond qu’il n’est plus l’homme de la situation. Qui a osé dire que les fans tricolores n’étaient pas les meilleurs du monde ?

Le match débute face aux Mexicains, et le constat est sans appel : le contenu est pauvrissime. Entre deux vuvuzelas, on entend le silence assourdissant sur la pelouse. Aucune émotion chez les joueurs, contrairement à nous. Une bouillie de football qui voit notre cœur battre la chamade. Nicolas Anelka attend la 45e minute pour cadrer sa première frappe de la compétition. Ça sera aussi sa dernière.

Une mi-temps très constructive

Les Bleus retournent aux vestiaires sur le score de 0-0. Les joueurs français sont à fleur de peau tant leur frustration est immense. Le moindre reproche pourrait en faire disjoncter plus d’un. C’est donc là que les plus grands entraineurs trouvent les mots justes pour remobiliser les troupes, galvaniser les joueurs, faire de la pression un carburant pour la victoire. Bon, avec Raymond Domenech, ça sera un peu différent. Il se tourne vers Anelka. La suite est légendaire.

– Raymond : « Nico, ce que je veux, c’est que tu ailles dans la profondeur »

– Nico : « Va te faire enculer. Tu n’as qu’à la faire ton équipe de merde »

– Raymond : « Tu as raison, tu sors. »

– Nico : « Sale fils de p*** »

Le groupe vit bieng. Un tuto qui n’aurait sans doute pas fait de mal à Nico.

Domenech joint ses paroles aux actes et décide de remplacer Anelka par Gignac à la pause. Un changement qui n’empêche pas l’ouverture du score de Chicharito Hernandez à la 64e minute, magnifiquement bien couvert par Éric Abidal. À dix minutes du terme, Pablo Barrera déborde dans la surface et devinez par qui il est fauché sèchement ? Abidal toujours lui. Un sans faute pour Éric. Blanco transforme le pénalty et renvoie les Bleus à leurs devoirs.

Mais le plus beau dans tout ça, c’est que le meilleur moment de ce Mondial n’a même pas lieu sur le terrain. Vu le niveau de jeu offert par les Bleus, c’est dire ce qui attend les Français les jours suivants.

La Une de L’Équipe et la fameuse taupe

Le samedi 19 juin 2010, le journal L’Équipe va provoquer un séisme national. Le quotidien sportif dévoile en Une de son journal les insultes qu’aurait proférées Nicolas Anelka envers Raymond Domenech. Les Français sont choqués.

Mais sur les 65 millions de Français, celui qui l’est le plus, c’est Patrice Evra. Le capitaine des Bleus se fiche de remporter la Coupe du Monde. Désormais, le seul objectif qu’il a, c’est de trouver qui est la taupe. Une conférence de presse collector.

Contrairement à ce qu’on pense, Anelka tente, en coulisses, de se rabibocher avec le sélectionneur. Un entretien est même prévu dans le salon de l’hôtel des Bleus, en compagnie de Patrice Evra et Eric Abidal. Mais ce jour-là, la tactique de la chaise vide n’appartient plus seulement au Général de Gaulle.

« On descend dans les salons de l’hôtel et là, le coach ne vient jamais » N. Anelka

« L’entraîneur a fui. Tout le monde le cherchait dans l’hôtel pour faire cette réunion » W. Gallas

Magnifie remake du film « Arrête-moi si tu peux ». Avec Raymond Domenech dans le rôle de Leonardo Di Caprio, et William Gallas dans celui de Tom Hanks. Rien qui va.

Grève du bus et retour en avion prématuré

Ce même 19 juin, Nicolas Anelka est officiellement viré du groupe. Un refus de s’excuser publiquement aura eu raison de son séjour de vacances en Afrique du Sud. Suite à quoi les joueurs décident de répondre en deux temps. La première tentative est orchestrée, en totale impro, par Franck Ribéry. Intrusion en claquettes-chaussettes dans l’émission Téléfoot. Pas certain que Cristina Córdula valide la tenue.

Puis dès l’aprèm, la seconde réponse vole en éclat au visage de Domenech. Les Bleus décident de rester dans le bus au lieu de s’entraîner. Et c’est ainsi que naît la fameuse grève de Knysna.

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Le pire dans tout ça, c’est que la France peut encore se qualifier pour les huitièmes de finale. Pour cela, elle doit espérer que l’Uruguay et le Mexique fassent match nul. Ce qui sous-entendait implicitement une victoire face à l’Afrique du Sud. Même le b.a.-ba n’est pas assuré par les Bleus. Une défaite 2-1 face aux Sud-Africains, dernière place du groupe et un aller sans retour vers l’aéroport le plus proche. Cocorico.

La maj de Domenech, 8 ans après

Huit ans plus tard, la version officielle est démentie par Raymond Domenech en personne. En effet pour lui, les insultes n’auraient jamais été prononcées. La raison du remplacement d’Anelka à la pause ? Le tutoiement de ce dernier pour s’adresser à Raymond.

« Le truc qui m’avait vexé, c’est qu’il m’a tutoyé. Pour moi, c’est tout d’un coup un manque de respect de la fonction. C’était fini, il n’y avait pas de débat » R. Domenech

L’agression par le tutoiement, un fléau qui fait de nombreuses victimes chaque jour en France. C’est bien connu.