Coupe du Monde 2010 | Knysna, l’Austerlitz de l’Équipe de France


Raymond DOMENECH lit le communique de presse des joueurs
Crédit Photo : Icon Sport
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Si on vous dit mano de Dios, insultes lyriques, chasse à l’homme, règlement de compte en claquettes-chaussettes et mutinerie en bande organisée. Autant d’ingrédients qui font de la Coupe du Monde 2010 un cocktail explosif à Knysna. La compétition des Bleus fut brève, mais intense. Un peu comme le parcours des Français à Roland-Garros quoi.

Le coup de main d’Henry comme point de non-retour

Pour bien comprendre le fiasco Knysna, il faut se replonger sept mois en arrière. Les Bleus participent en novembre 2009 aux barrages qualificatifs pour la Coupe du Monde 2010. Opposés à l’Irlande, l’Équipe de France s’impose 1-0 à Croke Park, avant de s’incliner sur le même score quatre jours plus tard au Stade de France. Prolongations oblige, Thierry Henry va connaître son plus grand moment de gloire sous la tunique bleue. Oubliez le titre mondial en 1998, sa main dans la surface irlandaise restera à jamais l’acte le plus FFL de sa carrière. Une manchette digne de Ngapeth. Merci Titi.

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Cette qualification délétère intervient après la prolongation (in)espérée de Raymond Domenech. Pourtant auteur d’un Euro 2008 catastrophique, interrompu après une élimination au premier tour de la compétition et d’une demande en mariage, le président de la Fédé Jean-Pierre Escalettes ne trouve pas mieux que de prolonger Domenech pour deux nouvelles années. La croyance en un projet totalement fou vous me direz. Et qui va bel et bien s’exaucer.

Les Français débarquent en Afrique du Sud avec l’étiquette de finaliste en titre. Mais on vous rassure d’emblée, il ne s’agit que d’une étiquette. Pour cette première Coupe du Monde en terre africaine, les Bleus décident de crécher à Knysna, petite ville de 50 000 habitants au large de l’Océan Indien. Si la destination paraît anodine, le logement l’est beaucoup moins : le Peluza Hotel. Complexe 5 étoiles de 1 000 hectares, il s’agit tout bonnement de la propriété la plus chère choisie parmi les 32 pays. Un goût de luxe qui ne passe pas chez Rama Yade, alors Secrétaire d’État.

« J’attends que l’équipe de France nous éblouisse par ses résultats plutôt que par le clinquant des hôtels » R. Yade

Quand on connaît la suite des événements, cette déclaration est juste délicieuse.

Raymond Domenech, from sélectionneur to porte-parole à Knysna

La France se retrouve dans la poule du pays hôte, l’Afrique du Sud, ainsi que du Mexique et de l’Uruguay. Comme en 2002, les Bleus sont tenus en échec par les sud-américains sur le score de 0-0. Et comme en 2002, on assiste aux premières prémices d’une compétition qui va se terminer plus vite que prévu. Une semaine plus tard l’Équipe de France affronte le Mexique. Ce match va entrer dans l’histoire pour l’éternité. Alors que les deux équipes sont dos à dos, le sélectionneur Raymond Domenech décide de remplacer Nicolas Anelka par André-Pierre Gignac à la mi-temps. Un simple changement pense-t-on. Le Mexique finit par s’imposer 2-0. La France a un pied et quatre orteils dans l’avion du retour. Mais ça, ce n’est finalement qu’un détail au vu de ce qu’il se passe secrètement en coulisses.

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Deux jours plus tard, le journal L’Équipe titre sa une sur les insultes d’Anelka : « Va te faire enc*ler sale fils de p*te ! ». Comme une lettre à la poste. La Fédé n’a d’autre choix que d’exclure Anelka le jour même. Mais si vous croyez que l’histoire s’arrête là, vous sous-estimez grandement le potentiel de l’Équipe de France. Alors que le pays tout entier est bouleversé par cette nouvelle, c’est le moment choisi par le capitaine Patrice Evra pour se muer en Indiana Jones, et entreprendre la fameuse chasse à la taupe.

Si le nom de ce mouchard ne fuite pas, dès le lendemain, Franck Ribéry effectue un enchaînement d’anthologie. Non pas sur le terrain, mais sur le plateau de Téléfoot. Le joueur du Bayern Munich débarque à l’improviste dans l’émission en enchainant claquettes-chaussettes et témoignage larmoyant pour réfuter la rumeur d’une éventuelle bagarre avec Yoann Gourcuff dans un avion. La scène est insolite. Ou comment débuter le Jour du Seigneur de la meilleure des manières.

Un sans-faute dans la lignée de 2002

Les téléspectateurs sont certes médusés, mais cette journée du 20 juin 2010 n’est en fait qu’à son commencement. Plus tard dans l’après-midi, les joueurs refusent de descendre de leur bus pour prendre part à l’entraînement. Ces derniers se mettent en grève en pleine Coupe du Monde pour contester l’exclusion du groupe de Nicolas Anelka. Fou de rage, Robert Duverne battra le record du monde de lancer de chronomètre. Jean-Louis Valentin – Directeur Délégué de la FFF – démissionne en larmes devant les caméras, et, tel un Joe Dassin, s’en va monter sur la colline pour fuir. À ce niveau-là, on ne peut même plus parler de balle dans le pied, mais au minimum de missile. Clou du spectacle, les joueurs écrivent une lettre et la donnent à Domenech qui la lit devant la presse. Le Gabriel Attal de l’Équipe de France quoi.

Si vous pensez en avoir vu de toutes les couleurs, il en manque encore dans votre palette. Le mardi 22 juin, les Tricolores disputent leur dernier match de poules. Et par soucis du travail bien fait, les Bleus s’écroulent avec la manière face aux Sud-Africains. Pays hôte certes, mais tout de même 83e nation au classement FIFA. Un adieu à la compétition ponctué par le refus de Domenech de serrer la main au sélectionneur Carlos Alberto Parreira. Le panache jusqu’à la lie. La France termine la compétition 29e sur les 32 pays engagés. Un tour de force pour l’éternité.

Afin de lever le voile sur le fiasco de Knysna, la FFF commande une enquête après la compétition pour obtenir des réponses à ses questions. Mais par le plus grand des hasards, ledit rapport finit par disparaître. Comme ce mail que tu ne parviens plus à retrouver parmi tes milliers de spams. Fâcheux non ? Comme on dit, la coïncidence de choses heureuses est heureuse.

Ainsi c’est dans ce contexte que, tous les 20 juin, la FFL célèbre « sa » fête nationale. Notre fête du travail bien accompli.