Les lanternes rouges, les (vrais) héros du Tour de France


Chaque année, le Tour de France déclare son vainqueur. Mais le maillot jaune n’est pas le seul à illuminer la Grande Boucle ; la lanterne rouge nous éblouit tout autant. 

Le Tour de France vient de se terminer, et Jonas Vingegaard a été sacré pour la seconde fois. Mais un autre homme a marqué l’histoire à tout jamais : Michael Morkov. En effet, le Danois est officiellement la lanterne rouge 2023. Il entre dans la grande famille des derniers par la grande porte. Une humiliation pour certains, un honneur inestimable pour d’autres.

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“Je courais pour finir, je ne courais pas pour gagner. J’avais déjà cet avantage” A. Bellouis, lanterne rouge 1972

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Antoine Deflotrière, la meilleure des lanternes rouges

Quand on évoque le Tour de France, la première image subliminale qui apparaît dans l’esprit des amoureux de la Grande Boucle est le maillot jaune. Mais certains irréductibles défenseurs de la lose parviennent à éviter ce piège. A prendre à contrepied cette évidence. Et pensent, eux, instinctivement à la lanterne rouge. Nous en sommes. Depuis Arsène Millocheau, première lanterne rouge de l’histoire du Tour de France en 1903, la fascination pour ce “bonnet d’âne” de la pédale est sans limite. Sans retenue.

Dès l’année suivante, nous devons plier le genou face à la performance d’Antoine Deflotrière. Ce fils de tisseur ne remportera jamais la Grande Boucle, mais jouira de la même popularité. Et pour cause, le natif de Tarare est à ce jour la lanterne rouge la plus distancée de l’histoire du Tour de France. Antoine termine à 101 heures, 28 minutes et 52 secondes du vainqueur Henri Cornet. Un retard qui force le respect.

André Wilhelm, l’homme qui fait corps avec la Nature

Mais la légende de la lanterne rouge ne s’arrête pas là. En 1969, c’est André Wilhelm qui attire la lumière des projecteurs. Et pour cause, son directeur sportif lui suggère à l’époque de terminer bon dernier du classement, une position fortement exposée sur la scène médiatique. Va alors commencer un mano a mano d’enfer avec un autre coureur, Pierre Matignon. La tâche semble simple, mais est définitivement périlleuse ; l’objectif est de terminer le plus loin possible du vainqueur, tout en respectant les délais. Alors tous les coups sont permis. Absolument tous.

“On était deux à se disputer la lanterne rouge. Parfois, on se cachait pour perdre du temps. Une fois je me suis même caché dans un champ de maïs !” A. Wilhelm

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Cette opposition fait écho à la Grande Boucle de 1973, où Jacques-André Hochart et Jean-Claude Blocher se livrent une lutte acharnée pour décrocher la dernière. Alors qu’ils font partie de la même équipe. Le premier prendra le dessus (ou le dessous ?) sur le second. En 1979, Philippe Tesnière est la lanterne rouge en titre, mais il ne peut rien face à Gerhard Schönbacher. L’Autrichien fera même le doublé l’année suivante.

Wim Vansevenant, le Monsieur lanterne rouge

Place aux choses sérieuses. En 2006, tous les regards sont tournés vers Floyd Landis, vainqueur accusé de dopage et déclassé au profit d’Óscar Pereiro. Mais un autre coureur s’illustre lors de cette édition : Wim Vansevenant. En effet, le coureur belge termine bon dernier du classement. Ce qui lui vaut cette analyse aussi fine que pertinente : “La lanterne rouge n’est pas une position qu’on peut chercher, elle te cherche“. Tout est dit.

Fidèle à sa maxime, Wim prend part au Tour de France l’année suivante sans véritable objectif au classement général, si ce n’est aider son leader Cadel Evans. Le Belge termine à nouveau dernier du peloton, et a la possibilité d’entrer dans l’histoire la saison suivante en obtenant une nouvelle lanterne rouge. Et de son propre aveu, c’est celle qui a été le plus difficile à aller chercher.

“La dernière lanterne rouge a été la plus dure à conquérir. Il n’y avait que 20 ou 25 secondes d’écart entre moi et Bernard Eisel. On arrivait sur les Champs-Elysées, et là, au dernier kilomètre, il s’est fait lâcher. Heureusement, je l’ai vu. Je me suis fait lâcher aussi, et j’ai bien fait, parce que sinon j’aurais perdu la lanterne rouge pour mon dernier Tour” W. Vansevenant

Avec cette 3e lanterne rouge consécutive (2006, 2007, 2008), Wim Vansevenant est le plus titré dans cette catégorie. Iconique. Vous vous demandez comment il est parvenu à réaliser un tel exploit ? La raison est toute simple.

“Rouler lentement ! Le plus facile, c’était lors des étapes avec un sprint massif. Dans les quinze derniers kilomètres, je me faisais lâcher, et je pouvais perdre comme ça 10 minutes sur le peloton” W. Vansevenant

Un héros des temps modernes.

Vansevenant – Casper, le plus grand duel cycliste

Comme vous le savez, il n’y a pas d’immense champion sans adversaire de taille. Il y a eu Anquetil – Poulidor, LeMond – Fignon, mais aussi Vansevenant – Casper. En effet, le Belge révèle lui-même que le Français, double détenteur de la lanterne rouge (2001, 2004) fut son adversaire le plus coriace. Un as pour terminer dernier. Mais il avait un seul point faible.

“Mon adversaire le plus redoutable ? Jimmy Casper. Il voulait la lanterne rouge parce que pour un coureur français, ça fait une bonne pub. Mais il avait un désavantage. Il faisait les sprints et ne pouvait pas se laisser décrocher” W. Vansevenant

Même pour finir derniers, les Français échouent. Il est peut-être là le panache à la française.

Le mot de la fin revient à Wim Vansevenant. Qui d’autre en même temps ?

“Mon record de lanterne rouge ? J’en tire quand même un petit peu de fierté. C’est toujours mieux que de finir avant-dernier” W. Vansevenant

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