JO 1988 – Ski de fond | Martinez, l’antithèse de Speedy Gonzales


C’est bien connu, le Mexique est une grande nation du sport d’hiver. Alors quand débutent en 1988 les Jeux Olympiques hivernaux de Calgary, c’est tout naturellement que la délégation mexicaine mise tout sur l’épreuve du 50 kilomètres en ski de fond. Son athlète vedette ? Alvaro Martinez. Retenez bien son nom, car sa prouesse est hors du temps.

Les seizièmes Jeux Olympiques d’hiver de l’histoire se déroulent en 1988 à Calgary. Si la ville est surnommée la « Dallas du Nord » pour ses importants gisements de pétrole, le roi du pétrole lors de ces olympiades n’est pas pour autant canadien. Mais mexicain. Son blaze ? Alvaro Martinez. Oubliez tout quelconque lien de parenté avec le leader cégétiste. Même si la propension à faire parler de soi est quasi similaire.

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Vendredi 26 février 1988. Deux jours avant la clôture de ces JO. Si cette olympiade ne s’est pas forcément démarquée des précédentes éditions jusque-là, il faudra attendre la toute fin de cette quinzaine pour assister à une performance de classe mondiale.

Martinez, le meilleur des derniers

Skieur mexicain, Alvaro Martinez se lance dans un pari fou : parcourir 50 kilomètres à ski. Si ses chances de médaille ne sont pas réellement d’actualité, le seul fait d’atteindre la ligne d’arrivée serait à lui tout seul un vibrant exploit. Pierre de Coubertin en personne, père des Jeux Olympiques modernes, l’avait annoncé 80 ans plus tôt.

« L’important, c’est de participer » P. de Coubertin

Une citation si française en même temps. Et Dieu sait que cette maxime n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Car entre cette citation et la devise officielle des Jeux Olympiques -plus haut, plus vite, plus fort- le choix était vite fait pour notre ami Martinez.

L’épreuve des 50 kilomètres du ski de fond se déroule à Canmore, à une centaine de bornes de Calgary. Une logistique si bleue blanc rouge qui annonce clairement un moment d’Histoire. La course commence. Si les favoris imposent d’entrée un rythme d’enfer, notre cher Martinez s’en va lui sur un train de sénateur. Il pourrait siffloter en réalisant son effort que cela ne surprendrait personne. Dès les premiers kilomètres, il disparaît des radars. Et cela ne va pas aller en s’arrangeant…

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Alerte rouge dans la neige blanche

Le premier à franchir la ligne d’arrivée est le suédois Gunde Svan, suivi de l’italien Maurillo de Zolt et du suisse Andi Grünenfelder. Ces trois médaillés olympiques sont à mille lieues de s’imaginer ce qui se trame à l’arrière. Et surtout l’attente interminable qui va s’installer. Le « grupetto » de relégués arrive à plus de 26 minutes des vainqueurs. Oui mais voilà, les commissaires de course se rendent compte qu’il manque un athlète. On vous le donne dans le mille : Alvaro Martinez.

Le temps passe, et aucune nouvelle du mexicain. À tel point que les organisateurs commencent légèrement à paniquer. Craignant que Martinez se soit perdu sur le tracé, ces derniers décident d’envoyer des sauveteurs à sa recherche. Y a-t-il un skieur dans les montagnes de Canmore ? La panique contamine désormais tout le monde sur le complexe olympique. Tout le monde ? Non. Tous sauf un irréductible mexicain continuant sa balade à ski. Il pourrait être en raquettes que la vitesse serait la même. Le voici qui déambule paisiblement vers la ligne d’arrivée. Provoquer une battue de sauveteurs car vous êtes juste trop lent ; la pire des humiliations possibles.

Martinez termine -enfin- l’épreuve à 1 h 18 minutes du vainqueur Svan, mais surtout à 52 minutes de… l’avant-dernier ! Une performance qui pourrait faire passer la voiture-balai du Tour de France pour une Formule 1. Le dieu des lanternes rouges a désormais un visage. Depuis lors, personne n’a eu les cojones de Señor Martinez pour réaliser un exploit pareil. « Opération escargot » en pleins Jeux Olympiques devant des millions de téléspectateurs.

Pas si éloigné de son homonyme de la CGT finalement.