Coupe de France 1997 | Clermont, lieu de naissance du grand PSG


Quand le PSG se rend à Clermont le 1er mars 1997, le 6-1 passé par la Juventus au Parc deux mois plus tôt en Supercoupe d’Europe ne pouvait pas nous suffire. On parlait quand même du tenant du titre de la Coupe des Coupes, qui allait encore se qualifier pour la finale deux mois plus tard. Du dauphin de l’AS Monaco en championnat. De l’équipe de Michel Denisot ! Bref, le dernier club français vainqueur d’une Coupe d’Europe, c’est sympa à savourer en 2021. Mais à l’époque, on faisait moins les fiers…

Alors, le 1-1 du week-end précédent contre Guingamp n’était qu’une vulgaire friandise, à côté de ce qui nous attendait au bien nommé stade Gabriel-Montpied. Car oui, on a rarement autant pris notre pied. Comme le rappelle Vincent Guérin : « Tous les éléments étaient en notre défaveur : un penalty imaginaire, on marque un but contre notre camp… Et cerise sur le gâteau, on se rate aux tirs au but ! Même Bernard Lama, un spécialiste de l’exercice, s’était loupé. Une soirée cauchemardesque. »

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Enjolras alias « Vercingétorix sur la place de Jaude, en train de brandir son glaive »

Tout était pourtant bien mal parti : à la 25e minute, Paris mène logiquement 2-0 sur le terrain de son pittoresque adversaire de CFA. Après les buts de Bernard Allou (13e) et Julio Dely Valdés (25e), une petite lueur après la pause : Bruno Ngotty fait faute en dehors de la surface, mais la légende M. Kalt siffle un penalty et permet à Mickaël Bessaque de réduire l’écart. Mais après deux autres buts de Rai (58e) et Patrice Loko, le Paris Saint-Germain mène 4-1 à la 69e minute. Aucun intérêt. Et puis, la magie de la Coupe. Bien plus que ça, même. C’est David Copperfield et Gérard Majax réunis. A la 70e, Christophe Chastang ramène le score à 4-2. A la 83e, le capitaine Nicolas Le Bellec y va aussi de son coup de baguette. Arrive alors la 88e minute, une des plus mythiques de l’histoire de notre cher football français. Rien de moins.

Ngotty marque contre son camp le but du 4-4. Il se rattrape enfin de son malheureux coup de pétard de Bruxelles en fermant les yeux, moins d’un an plus tôt. « Là, c’est magique, se souvient le gardien Olivier Enjolras pour France Football. A partir de ce moment-là, tout est possible. » Paul Le Guen et Vincent Guérin sont toujours là pour rendre service. Ils échouent aux tirs au but sur le dernier rempart clermontois, qui supplante d’un coup le Bibendum et Danièle Gilbert au rang de plus grande figure de la ville. Les 9 000 spectateurs sont en transe totale. Un nouveau volcan fait éruption en Auvergne, et le PSG écrit une des plus belles pages de son existence. Olivier Enjolras, en enjambant sa barre transversale, sait parfaitement ce qu’il fait : « C’est un peu symbolique, quand on connaît Clermont-Ferrand. Ça représentait un peu Vercingétorix sur la place de Jaude, à cheval, en train de brandir son glaive. C’était dans cet esprit-là. » C’est exactement comme ça qu’on l’avait vécu aussi.

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Mathoux : « Ça s’était retourné contre eux »

Ricardo joue le rôle de Jules César, qui perdrait à Alésia 2 000 ans plus tard : « Se faire éliminer après avoir mené 4-1, c’est déjà difficile à admettre contre une D1. Alors contre une N2… Je ne comprends pas. » Il n’y a rien à comprendre, juste savoir reconnaître un moment d’exception. Et savourer, surtout. Ce que Lama n’avait pas manqué de faire, comme le révèle encore Olivier Enjolras : « Il était passé pour nous féliciter. Un joueur et un homme très sympa. J’ai toujours mon maillot du match et le sien. Mais il m’avait aussi envoyé son maillot de championnat quelques semaines plus tard. C’était magique, très classe de sa part. » Ou la moindre des choses, après avoir vécu le firmament d’une carrière. Comme bien peu peuvent l’espérer.

« La veille, les Parisiens avaient pris un bus directement sur le tarmac de l’aéroport et n’étaient pas allés voir les gens curieux qui voulaient simplement approcher les stars du PSG, raconte Hervé Mathoux, autre mythe local, pour La Montagne. Ça s’était retourné contre eux. Ça avait été un peu interprété comme du mépris. » Alors que ce geste collectif, en vérité, n’était qu’un sacrifice. La première pierre nécessaire à la construction d’un tel édifice. Et 20 ans plus tard, à une semaine près, la « remontada » n’était que l’hommage de ceux qui savent se souvenir. En rappel de la « clermontada » qui a tout changé, installant le Paris Saint-Germain dans cette caste si rare. Celle des très grands clubs. Vivement mars 2037.

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