Raymond Poulidor – Notre hommage à l’éternel second


Nous n’avons jamais connu Raymond Poulidor en activité. A la FFL, nous sommes, pour les plus vieux, des néo-trentenaires. Pourtant, dès notre plus jeune âge, la légende de Poulidor nous était déjà contée par nos familles et les connaissances passionnées de vélos. Un coureur populaire, aimé de tous les français, et surtout, une réputation d’éternel second.

En créant notre fédération, nous nous sommes bien évidemment penchés sur la carrière de “Poupou”. Et, en la découvrant plus en détail, en échangeant avec des passionnés, on a pu remarquer à quel point le mythe accolé à son nom est bien loin de ce qu’était ce coureur d’exception. Un Tour d’Espagne, un Milan-San Remo, deux Paris-Nice, deux Dauphinés et une Flèche Wallonne. Un palmarès que bien des coureurs aimeraient se parer. Mais pour l’inconscient national, qui bien souvent se limite au Tour de France, il est devenu cet éternel second. Son nom, devenu une expression, symbolise le panache, l’échec dans la fougue, cette défaite qui vaut bien plus que des victoires.

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Car en effet, lui qui n’a jamais gagné un Tour de France, lui qui n’a même jamais porté même le maillot jaune de leader, a marqué de son empreinte le Tour bien plus que de nombreux vainqueurs, parfois insipides. Poulidor, c’était ce mélange subtil de panache, de courage, de gentillesse… et de poisse. Ce mélange qui forgera sa légende et le fera devenir le coureur préféré des Français, a l’instar de son rival de toujours Jacques Anquetil. Cette rivalité sera incroyablement forte, dépassant largement le cadre sportif. Elle confrontera en effet l’image humble et simple de Poulidor à celle froide et stratégique d’Anquetil. Si ce dernier remportera 5 tours au nez et à la barbe de Poulidor, le cœur des français penchera pour le premier. La tension désamorcée après leurs fins de carrière, Anquetil soufflera à son ami cette phrase légendaire : “Il te faudra encore te contenter de la deuxième place. Je vais partir le premier”.

La légende de Poulidor, c’est donc ce maillot jaune jamais porté. Lors du prologue du tour 1973, il échouera même à quatre-vingts centièmes de seconde de la tunique de leader. En 1964, c’est à cause d’une grosse boulette qu’il voit la victoire lui échapper – il oublie qu’il lui faut boucler un tour de circuit pour conclure l’étape BriançonMonaco. La sanction, 1 minute de bonification pour Anquetil, qui gagnera le Tour pour… 55 secondes. Comble de la cruauté, dans la légendaire ascension du Puy de Dôme, qu’il remporte, les journalistes sur place ont mal compris l’information et annoncent à Raymond Poulidor qu’il a remporté le Tour de France. Fausse joie. Et que dire du Tour 1968, la victoire lui est promise mais une moto le fait chuter et abandonner.

Mais au final, sans ces mésaventures, serait-il aujourd’hui la même légende, la même idole populaire? Comble du mythe, sans avoir été premier, il possède pourtant le record du nombre de podiums sur la grande boucle avec 3 secondes places et 5 troisièmes, en plus de ses 7 victoires d’étapes.

Sans aucun doute, le meilleur des seconds. Repose en paix, Poupou.

 

Raymond Poulidor – Notre hommage à l’éternel second