Paris – Dakar 1988 | Vatanen, l’homme qui murmurait à l’oreille de la lose


Si vous pensiez que nous avions tout vu lors de l’édition 1989 du Paris-Dakar, c’est que vous sous-estimez grandement notre constructeur Peugeot. Oubliez le pile ou face pour décider du vainqueur. Un tout autre rebondissement va secouer le Paris-Dakar 1988, un an plus tôt. Digne des plus grands thrillers hollywoodiens, il s’agit pourtant d’un scénario 100% français. Retour sur ce polar tourné dans les dunes du Mali. 

8 janvier 1989. Les deux voitures Peugeot surnagent le classement. Mais son directeur sportif Jean Todt ne l’entend pas de cette oreille. Comme il le fera plus tard entre Schumacher et Barrichello, Todt décide d’instaurer une consigne de course. Fondée non pas sur le mérite, mais sur le pur hasard. Une pièce de 10 francs règle l’affaire. Malheur à celui qui prédit face. Jacky Ickx rate sa prophétie. « Ce sera Vatanen le vainqueur » s’écrie Todt. Le mangement à la française, tout un art.

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Mais un an auparavant, le Rallye Raid 1988 va être le théâtre d’un revirement de situation que seul le sport français est capable de nous offrir. Une nouvelle histoire rocambolesque est venue secouer la dixième édition du Paris – Dakar. Une autre édition certes, mais les acteurs restent eux toujours les mêmes. Todt, Vatanen et le tout sous la houlette de Peugeot. Le trio magique. Les Trois mousquetaires du désert subsaharien.

Braquage à la malienne au Paris – Dakar

Fin des années 80. Peugeot martyrise ses concurrents sur les routes du Dakar. Mais comme dans tous les sports, les français ne peuvent s’empêcher de sortir du lot. Champion du monde des rallyes en 1981, et vainqueur de son premier Paris-Dakar en 1987, le pilote finlandais Ari Vatanen fait figure de grandissime favori. Et le scandinave le confirme dans les dunes africaines. Il remporte quatre des sept premières étapes. À une semaine de l’arrivée, Vatanen possède plus de 2 heures d’avance sur le second. On se dit alors que la course est pliée. Mais souvenez-vous de ce détail mentionné plus haut : le finlandais conduit une voiture « française ». Autant dire mission impossible.

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Nous sommes le 19 janvier. La caravane du Dakar a installé un bivouac à Bamako. Les pilotes s’apprêtent à participer à la 14e étape, reliant la capitale malienne à Kayes. Mais stupeur dès l’aube : la Peugeot 405 Turbo 16 d’Ari Vatanen aurait disparu ! Très vite on apprend qu’un maître-chanteur aurait volé la voiture. Propos confirmés par Jean Todt lui-même : « À 7h15 j’ai reçu un coup de téléphone dans ma chambre, où le standard m’a passé une personne qui m’a passé une autre personne. C’était vraisemblablement un européen. Il m’a dit ‘on a la voiture de Vatanen, venez en taxi dans 15 minutes avec 25 millions de francs CFA’ ». Il faut se pincer pour y croire.

Vatanen, perdre avec 2h d’avance ne lui fait pas peur

Le temps joue contre le finlandais. En effet chaque pilote dispose d’un horaire de départ précis, avec une marge de 30 minutes. Alors que les membres l’équipe Peugeot commencent à devenir livides, une nouvelle retentissante est annoncée : le bolide de la firme sochalienne a finalement été retrouvé dans un champ, à 2 kilomètres du départ. Le pilote scandinave met sa froideur de côté et exulte de joie en esquissant un sourire.

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« C’est une histoire incroyable, on est comme dans un film » A. Vatanen

Le finlandais s’élance à toute vitesse dans cette 14e étape, où il finit huitième. Il préserve ainsi toutes ses chances remporter une édition qu’il a dominé de la tête et des épaules. Mais dès le lendemain, la nouvelle tombe : Vatanen est disqualifié par les commissaires de course car il a dépassé le délai des 30 minutes après son heure de départ. Un ascenseur émotionnel digne des multiplex de Ligue 1.

Si on résume, le pilote Peugeot est parvenu à perdre le Paris – Dakar en ayant plus de 2 heures d’avance à cinq étapes de l’arrivée. O monstro. Et comme si cette désillusion ne suffisait pas, c’est le quadruple champion du monde des rallyes Juha Kankunnen qui s’est adjugé de l’épreuve. Son coéquipier chez Peugeot. Et finlandais qui plus est. La goutte d’eau toussa.