Formule 1 Indianapolis 2005 | Michelin, la roue de la fortune.


Si on vous dit Grand-Prix des États-Unis, l’édition 2005 vous passe obligatoirement à l’esprit. Et quand on y réfléchit de plus près, l’inverse serait des plus compliqués. Un si beau loupé du manufacturier français Michelin ne pouvait pas échapper au radar de la FFL. Encore moins quand ce dernier essaye de trouver tous les moyens pour quand même participer à la course. Oui, on a bien dit TOUS.

Si pour les connaisseurs de Formule 1, l’année 2005 est reliée instinctivement à la fin de l’hégémonie de Michael Schumacher après cinq titres consécutifs, elle abrite également d’autres phénomènes paranormaux. Lors de la neuvième manche du championnat, l’Indianapolis Motor Speedway va être le théâtre d’un coup de génie français. Comme peu l’ont été dans notre histoire.

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Dès l’amorce du week-end, quelque chose ne tourne pas rond. Un peu comme les pneus Michelin vous me direz. Les essais débutent, et lors de la deuxième séance Ralf Schumacher vient fracasser sa pauvre Toyota sur les murs du circuit. Choqué, abasourdi, le bougre a simplement percuté la rambarde à plus de 300km/h. La raison ? Son pneu arrière gauche a éclaté. Les dirigeants de la firme japonaise décident de le remplacer par le pilote de réserve, Ricardo Zonta. Et devinez quoi ? Le Brésilien ne fera guère mieux. Un nouvel accident à cause d’un nouveau problème de pneu. La guigne. Michelin doit se rendre à l’évidence ; les pneus français ne résistent pas à la courbe précédant l’interminable ligne droite d’arrivée. Ballot quand vous fabriquez des pneus. Encore plus quand vous fournissez 14 des 20 voitures de la grille.

Michelin ou la 5e roue du carrosse à Indianapolis

Tandis que Jarno Trulli signe la pole position, la présence en course des monoplaces chaussées des pneus Michelin est toujours incertaine. Mais c’était sans compter sur l’idée de génie qui traverse le manufacturier français. Une fulgurance. Michelin ne trouve pas mieux que de proposer à la FIA d’installer une chicane avant la ligne droite. Malynx Michelinx. Idée ingénieuse certes. Mais évidemment refusée par Max Mosley.

Dimanche 19 juin. À l’approche de l’heure fatidique du départ, les 20 voitures sortent de leurs stands et viennent s’installer sur la grille. On pense alors le problème solutionné, surtout quand l’ensemble des pilotes procède au traditionnel tour de formation. Le public est toutefois en apnée. Personne ne sait si la course aura lieu ou non. Une situation d’une sérénité sans pareille. Puis à la fin du dernier secteur, les 14 monoplaces Michelin rentrent aux stands. Laissant les Bridgestone seules sur la grille de départ. Jamais aussi peu de monoplaces ne se sont élancées pour un Grand-Prix dans l’histoire de la Formule 1. Un joli coup de pub de Michelin. Mais surtout une belle réussite pour la France.

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Les 150 000 spectateurs entassés dans les tribunes n’en croient pas leurs yeux. Un retournement de situation accompagné à la seconde par des huées venant des gradins. Et des jets de canettes sur le circuit. La plupart des spectateurs décident même de quitter le circuit et de rentrer chez eux. La rage au ventre.

Le (très court) résumé de la course

Le départ précipité de la plupart des fans est très certainement la meilleure décision prise durant leur week-end. Car la course, longue de 73 tours, est d’un ennui mortel. Les Jordan et Minardi ne sont pas en mesure de se battre pour la victoire. Et dans le combat entre les Ferrari, Barrichello doit en plus céder la première place à Schumacher par une énième consigne d’équipe des hommes de Maranello. Le Brésilien reste ensuite gentiment derrière Schumacher. Et termine la course à 1,5s derrière l’Allemand. Tel un fidèle garde du corps. Les Jordan finissent à un tour. Les Minardi à deux. Aucun dépassement n’a eu lieu durant toute la course, les écuries ayant une peur bleue que leurs pilotes se rentrent dedans. Rarement la Formule 1 aura été aussi éprouvante que cet après-midi américain.

L’explication de ce fiasco de Michelin est toutefois très simple, quoique cocasse. Les ingénieurs du manufacturier français n’ont tout simplement pas été informés de la modification du revêtement du banking d’Indianapolis par rapport à la saison précédente. Contrairement à leurs homologues de Bridgestone. Un simple coup de fil aurait tout changé. Mais les forfaits internationaux ne sont pas donnés à tout le monde.

« Il était clair que les voitures chaussées de pneus Michelin ne pouvaient pas participer à la course. Nous étions en danger et nous le savions » J. Trulli

Plutôt savoureux quand on connaît le slogan de Michelin : Motion for life (« le mouvement pour la vie »). Lol.