Tsonga-Ferrer Roland Garros 2013 | Le presque-successeur


Tsonga Ferrer Roland Garros 2013

Dans le cadre de ce quatrième volet de la série Une décennie de Lose à Roland , la FFL vous ramène au 7 juin 2013 pour revivre une lose bien différente de la presque-victoire de Tsonga contre Djokovic en 2012.

Pour l’année 2013, la Lose que nous avons retenue n’est pas une défaite magnifique ni un combat légendaire rythmé par les enflammades vocales de Chamoulaud. Cette Lose tombe plutôt dans la catégorie des désillusions nationales, une désillusion incarnée par la défaite en 1/2 finale de Jo-Wilfried Tsonga (8) contre David Ferrer (4).

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Le contexte: un rendez-vous avec le destin

En 2012, Jo sortait de son 1/4 de finale face à Djokovic avec le costume romantique et très français du perdant magnifique. En 2013, c’est une autre histoire. Face à lui, pas de Djokovic ou de Nadal. Au bout, une finale de Roland à aller chercher.

Un parcours sans faute

En 1/4 de finale, Jo sort facilement un pâle Federer que nos médias, pleins de flair, annoncent proche de la retraite. Tsonga s’avance alors en 1/2 finale sans avoir perdu le moindre set. Fait rarissime, il n’a face à lui aucun membre du Big Four pour l’empêcher d’accéder à une finale de Grand Chelem. Nadal et Djokovic animent la première demie.

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Pour Jo, le dernier obstacle sera le sonore essuie-glace d’Alicante David Ferrer. Le fumant terrien est lui aussi en quête de sa première rouste en finale de RG contre Nadal.

De la confiance

Battre Federer en Grand Chelem quand on ne s’appelle pas Nadal ou Djokovic peut relever de l’exploit. Alors quand on est Français, forcément, il y a de quoi prendre une sacrée dose de confiance. C’est la phase 1 du plan de désillusion tennistique made in France.

Une heure et demie après son coup d’éclat contre Federer, Tsonga répond à la presse qui lui demande comment il compte gérer les attentes qui vont peser sur lui en vue de la demi-finale.

C’est tous les jours pareil et je suis habitué, ce sera simple pour moi.

Tsonga au sujet d’une 1/2 qui ne sera pas simple.

L’opportunité est trop belle

Commence alors la phase 2 du plan de désillusion tennistique made in France : l’espoir.

Il ya ce chiffre, ce souvenir de 1983. 30 ans. 30 ans tout pile que Noah a triomphé à Roland. Les parallèles hasardeux entre Tsonga et Noah font les gros titres: tout est en place, tout concorde, Tsonga est le successeur tout trouvé de Noah et le timing est parfait.

Comme Anthony Réveillère, la France entière y croit. Après tout, Jo est chez lui, il vient de battre Roger et en face ce n’est que Ferrer. Et en plus, 30 ans après Noah c’est rond, ça ferait joli, donc pourquoi attendre alors que tout est réuni.

Pour l’événement, le pays met en pause les activités essentielles :

On a beau savoir que Ferrer est plus à l’aise sur terre, c’est pas grave. Cette fois Jo doit passer.

 

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Le match: Tsonga frappé fort

Le public du Chatrier, dont la moitié est encore en terrasse en train de se remettre du Djokovic-Nadal, attend Tsonga au tournant. On sent dès le premier set que Jo ne court pas assez vite pour empêcher le contexte de le rattraper. Le temps d’un premier set remporté 6-1 par Ferrer, on comprend vite que les espoirs de succession de Noah ont de beaux jours devant eux.

En plus des attentes d’une nation entière et d’un Espagnol hurleur de 31 ans qui remet tout, Jo doit composer avec du vent et du soleil. Des conditions extrêmes pour la pratique du tennis. Tout semble sous contrôle dans ce début de match pour Jo qui varie son jeu entre des mais euhh bien sentis et contestations arbitrales.

Puis, alors qu’on commence à craindre un regain de forme en voyant notre Français mener 3-0 d’emblée dans le deuxième set, Jo fait le nécessaire pour rassurer son monde.

Une fois le tie break du deuxième set perdu, Tsonga fera le choix sage d’écourter la rencontre pour la sécurité du public amorphe du Chatrier qui ne s’était visiblement pas assez mouillé la nuque pour enchaîner après le Djokovic-Nadal. La partie se termine (6-1, 7-6, 6-2) pour Jo avec une fiche honorable de 56 fautes directes, soit plus de la moitié des points gagnés par Ferrer (107 sur l’ensemble du match). Ce match, il fallait autant d’endurance pour le jouer que pour le regarder.

Une tradition bien de chez nous

En 1998, Pioline écartait Safin et se mesurait à Corretja en demie. Trois sets secs. En 2001, Grosjean écrasait Agassi et défiait Corretja à son tour. Trois sets secs. 2013 viendra donc ajouter un épisode à la saga française des trois sets secs pris contre un Espagnol en demies après une victoire encourageante. La France, un pays de traditions.