FFL D’Or 2022 | #5 – Les Bleues sur le presqu’toit du monde


Si au rugby, le mois d’octobre est connu pour le coup de coude de Sébastien Vahaamahina, ou bien pour la raclée monumentale des All Blacks face aux Français lors du Mondial 2015, le mois de novembre est dorénavant réservé aux Bleues. Il y aura très clairement un avant, et un après 5 novembre 2022.

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La préparation idéale des Bleues

En avril, les Bleues échouent de peu lors du Tournoi des 6 Nations. La faute à un dernier match perdu face à l’Angleterre. Manque de pot pour les Françaises, il faisait aussi office de finale. En cas de victoire, elles auraient pu signer le 6e Grand Chelem de leur histoire. Mais à la place, ce fut un revers 24-12 à domicile. Idéal pour préparer le Mondial six mois plus tard.

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Le XV de France fait donc partie des outsiders pour cette 9e édition de la Coupe du monde. Avant ce Mondial, les Bleues n’ont jamais fait mieux que 3e. Un presqu’presqu’titre de championnes du monde obtenu à six reprises. La Coupe du monde débute face à l’Afrique du Sud. Si chez les hommes, les Sud-Afs marchent sur leurs adversaires grâce à leur puissance surhumaine, leurs homologues féminines ont une approche différente de ce sport. Les Springbok Women se font atomiser par les Bleues sur le score de 40-5. No comment.

Fort heureusement, le second match place les Anglaises sur le chemin des Tricolores. Une défaite 13-7 plus tard, et un 11e Crunch consécutif perdu, les Françaises redescendent enfin sur Terre.

Bien entendu, il fallait que nous criions cela sur les toits pour qu’elles nous prennent à contrepied. La France remporte son dernier match 44-0 face aux Fidjiennes, 7 essais à rien. Ça pique.

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L’Italie, toujours là pour nous desservir (au rugby)

En quarts de finale, la France doit se défaire d’un voisin qu’elle ne connaît que trop bien : l’Italie. Mais disons qu’au rugby, les Transalpines ne sont pas nos alliées les plus solides. Alors quand on apprend en plus que leur capitaine s’appelle Manuela Furlan, les jeux sont faits avant même le coup d’envoi. La suite nous donne raison : victoire 39-3 des Françaises. Place désormais aux choses sérieuses, marre des succès-branlées.

Voici enfin les demi-finales. D’ordinaire, il s’agit du dernier match avant d’affronter la meilleure équipe pour le titre. Sauf que pour cette Coupe du monde, les Françaises affrontent dès les demies la meilleure nation : la Nouvelle-Zélande. Les Black Ferns ont remporté cinq des six dernières éditions, autant vous dire qu’il ne doit y avoir aucun suspense a priori. D’autant plus que, comme leurs homologues masculins, les Bleues n’ont jamais été championnes du monde. Question de principe.

Difficile de le croire, mais les premières à se mettre en action sont les Françaises. Une pénalité et un essai inscrit par Romane Ménager à la 23e minute, et c’est le XV de France qui mène 10-0 en demi-finale de la Coupe du monde. En terre néo-zélandaise qui plus est. On croit cauchemarder. Et même quand Stacey Fluhler ramène ses coéquipières en aplatissant un essai à 5 minutes de la pause, il faut que les Tricolores se montrent une nouvelle fois dans les ultimes secondes. Gabrielle Vernier se rend coupable d’un essai sur le presqu’gong. La France mène 17-10 à la mi-temps, de quoi nous lever du mauvais poil en cette heure néo-zélandaise.

La seconde mi-temps parfaite des Bleues

On imagine le discours du sélectionneur des Bleues Thomas Darracq extrêmement puissant dans les vestiaires. À tel point qu’il ne faut que 3 petites minutes aux Tricolores pour se fissurer dans les règles de l’art. Sur un coup de pied dans l’espace, l’arrière française Emilie Boulard se rue vers le ballon. Mais au lieu de s’en saisir, elle préfère nous offrir un remake de Damien Traille en demies du Mondial 2007 contre l’Angleterre. S’il n’avait fallu que 2 minutes à Lewsey après le coup d’envoi pour profiter de l’offrande de Damien Traille et aplatir l’essai, il n’en faut que 3 à Ruby Tui pour bénéficier de celle de Boulard. Peut-on dire que Boulard avait pris la grosse confiance avant de se vautrer ?

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Les Black Ferns attendent la 57e minute afin de passer devant au score pour la première fois du match. L’essai tout en puissance de Theresa Fitzpatrick permet aux Néo-Zélandaises de mener 22-17. Puis 25-17. Il ne reste qu’un petit quart d’heure à jouer, les jeux semblent faits. Oui, mais voilà, quinze irréductibles Gauloises ont décidé de faire la sourde oreille à cette prédiction.

À la suite d’un temps fort des Françaises, Romane Ménager se rend coupable d’une haute trahison. Une percussion surpuissante qui brise trois plaquages néo-zélandais, et qui lui permet de signer un doublé. 25-24. Plus qu’un point avant de nous foutre dans un embarras monumental aux yeux du monde entier.

Un finish digne des plus belles histoires

Il ne reste plus que 10 minutes à jouer, et le premier coup de génie français intervient. Entrée à la 63e minute de jeu, la deuxième ligne Safi N’Diaye met seulement 7 minutes pour changer le cours du match. Safi commet un plaquage haut et hérite d’un carton jaune. Les Bleues vont jouer à 14 contre 15 alors qu’elles ont une remontada à effectuer. Le sens du timing. On ne peut même pas mettre cette inspiration géniale sur le compte de son manque d’expérience, car N’Diaye est justement la joueuse la plus expérimentée côté français (90 capes). Balot.

On joue la 79e minute, et les Tricolores sont déchaînées. Même en infériorité numérique, les Françaises parviennent à prendre de court les Black Ferns et entrevoient un essai libérateur. Pour cela, Maëlle Filopon n’a plus qu’à jouer un deux contre un avec sa coéquipière Emilie Boulard. Mais la tâche semble trop aisée pour Maëlle, alors elle décide de repiquer dans l’axe. Ouf. Mais notre quiétude ne va pas durer très longtemps.

On joue les ultimes secondes de la partie, et c’est au tour des Néo-Zélandaises de commettre un plaquage haut. Le carton jaune est anecdotique. Ce qui l’est moins, c’est la pénalité offerte presqu’en face des perches. Tout le pays retient son souffle. Caroline Drouin a le ballon de la qualif en finale, ce qui serait une première dans l’histoire du rugby féminin français. Caro effectue 4 pas en avant, et tape la pénalité. Les spectateurs néo-zélandais sont en apnée, puis exultent en voyant que le ballon prend une trajectoire toute sauf rectiligne. Une espèce d’enroulé sans force digne des coups francs de Michel Platini.

Parfois, on est tentés de dire qu’il ne faut pas privilégier la puissance au détriment de la précision. Caroline n’est pas tombée dans ce piège ; il n’y a eu ni l’un ni l’autre. En ce 5 novembre 2022, Caroline Drouin a réchauffé les relations entre la FFL et le rugby français. Pas une mince affaire.

Les raisons de notre choix

Les +

  • Les Françaises étaient à une pénalité de leur première finale de Coupe du monde. Rien que ça.
  • Avec les récents affronts du XV de France masculin, il nous fallait bien ça pour regarder à nouveau ce sport.

Les –

  • Les Bleues ont tout de même obtenu la médaille de bronze en remportant la petite finale face au Canada (36-0).
  • Il va falloir désormais se méfier également du XV de France féminin. Ça ne cessera donc jamais.