« Sans ces foutus poteaux carrés, on aurait été champions d’Europe. » Vous l’avez forcément déjà entendue, cette phrase, souvent lâchée par un octogénaire à la voix pleine de rancœur. Aujourd’hui, on vous raconte cette finale de 1976 comme la raconterait votre papy, ou l’ultime témoin familial d’un Saint-Étienne qui gagnait encore des matchs importants.
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12 mai 1976 : La bataille des poteaux carrés
Dans les années 70, la France des perdants se porte bien, très bien même. Poulidor enchaîne les secondes places, le biathlon ne compte qu’une vingtaine de pratiquants dans l’Hexagone… Bref, il y a de quoi se réjouir. Seulement, un autre club français s’apprête à jouer les trouble-fête: l’ASSE.
Pour les plus jeunes d’entre vous, avant de jouer le vendredi soir face à Niort ou Pau, Sainté a connu sa grande époque. Le club monte en puissance dans les années 60-70 avec de nombreux titres de champions de France et de beaux parcours en Coupe d’Europe. L’apogée de cette période faste, c’est la saison 75-76, qui finira en apothéose avec cette fameuse finale des poteaux carrés.
Cette saison-là, l’armada de Rocheteau, Curkovic, Larqué & co élimine successivement Copenhague et les Glasgow Rangers pour se hisser en quarts de finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions (actuelle LDC). Face à eux se dresse le grand Dynamo Kiev d’Oleg Blokhine, Ballon d’or 1975.
Battus 2-0 à Kiev à l’aller, les Verts réalisent un match retour d’anthologie, allant chercher leur qualification au bout de la prolongation (3-0). Une leçon de sang-froid tout sauf digne des valeurs prônées par le football français.
Glasgow : la naissance du mythe des poteaux carrés
Saint-Étienne prend donc le chemin de la trahison, allant même jusqu’à atteindre la finale après avoir éliminé le PSV Eindhoven en demi. Face à eux, le grand Bayern Munich, qu’il faudra aller chercher le 12 mai à Glasgow.
Toute la France se désolidarise et se met à croire en la possible victoire des Verts. Hérésie. Heureusement, le destin force parfois les choses. C’est Franz Beckenbauer et ses coéquipiers qui soulèveront la coupe, en gagnant le match 1-0. Un détail va toutefois faire rentrer cette finale dans la légende: les poteaux.
En effet, les Verts n’ont pas démérité et leurs tentatives ont échoué sur les montants de la cage allemande à deux reprises. Or, en 1976, il n’y a pas encore de norme internationale pour réglementer la forme des poteaux. À l’heure où bon nombre de stades ont déjà opté pour la modernité avec des montants ronds, ceux d’Hampden Park sont carrés. Une particularité qui laisse place à toutes sortes de suppositions hasardeuses. Qu’en aurait-il été si les tentatives de Bathenay et Santini avaient heurté un montant rond ?
Une légende se dessine…
Les Stéphanois seront le lendemain érigés en héros. À tel point qu’ils sont encore les seuls à avoir défilé sur les Champs-Élysées après une défaite, entourés de 100 000 supporters, puis accueillis par le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing.
Quel autre pays peut se targuer d’avoir si majestueusement fêté cette défaite, due à une histoire de géométrie ? 🐓
… Puis se cultive
Non content d’avoir créé l’une des plus belles loses de l’histoire du sport français, le club décidera 40 ans plus tard de matérialiser cette folle légende de la plus belle des manières.
Faisant honneur au devoir de mémoire, l’ASSE achète en 2013 et pour la modique somme de 20 000 euros ces fameux montants carrés, qui pourrissent dans le sous sol d’Hampden Park. Les présidents Romeyer et Caiazzo se remarquent déjà à l’époque par leurs grands talents de négociateurs, avec cet achat d’un bout de bois moisi pour le prix d’un SUV full option. Quelques années plus tard, ils s’attacheront les services de Loïs Diony pour seulement 10 millions d’euros.
Philippe Gastal, historien de l’ASSE, nous explique :
«Il a fallu négocier, et avec des Ecossais, ce qui n’est pas évident»
Les poteaux sont depuis exposés au musée du club.
Certains inavertis diront que Saint-Étienne vit dans le passé. D’autres, plus alertes, martèleront qu’une légende, elle se cultive, elle s’entretient. La défaite aussi… et ça, l’ASSE peut être fière de l’avoir compris.

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