Handball | Champions League | Le sacrifice de Gunnar Prokop face à Metz


Gunnar Prokop Hypo Niederosterreich Metz

Le sens du sacrifice est une valeur fondamentale dans le sport de haut niveau. Si Suarez en a fait l’une des démonstrations les plus connues, Gunnar Prokop, le mythique entraineur de l’Hypo Niederösterreich (à vos souhaits) a fait encore mieux. Il a réussi à créer un « signature move » pour empêcher une victoire Française. Et ça, on aime à la FFL.

La saison 2009-2010 marque la 50e édition de la Ligue des Champions féminine de Handball, la fameuse « EHF Champions League ». Une compétition qui regroupe chaque année la crème de la crème du hand féminin et qui est largement dominée par les clubs d’Europe de l’Est. Un coup l’Ukraine, un coup l’Autriche, un coup la Hongrie. Même la Macédoine du Nord et le Monténégro arrivent à participer à la fête. Vous nous voyez venir ? Oui, en 50 éditions, les clubs Français n’ont jamais réussi à remporter un titre et affiche un taux de présence en finale de 2% (merci Brest).

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Les Messines, championnes de France en titre, se retrouvent dans une poule qui laisse entrevoir une sortie prématurée avec le RK Krim, Aalborg  et l’Hypo Niederösterreich. C’est d’ailleurs dès la deuxième journée que les Françaises se rendent à Vienne et croisent la route du club Autrichien et de leur futur bourreau Gunnar Prokop.

Gunnar Prokop, du Domenech en lui

D’abord, remontons un peu le temps pour mieux apprécier le personnage. Gunnar Prokop naît le 11 juillet 1940 à Sankt Pölten, capitale du Land de Basse-Autriche. Une ville qui peut se targuer d’avoir été visionnaire en se jumelant avec Wuhan. À l’époque, c’est un peu mort niveau activité sportive dans le coin. Alors, Prokop décide de faire ses classes d’entraineur au pentathlon. 200 m, saut en hauteur, lancer du poids, 80 m haies et saut en hauteur, ça fait quand même un peu le mec qui n’a pas envie de choisir.

En 1964, il devient l’entraineur de la sélection Américaine aux Jeux Olympiques de Tokyo. Malheureusement, pas de médaille à la clé, mais malgré l’absence de succès, Prokop ne rentre pas bredouille puisqu’il épousera l’une de ses athlètes, Liese Sykora. Défaite + demande en mariage ? On a trouvé le mentor de Raymond Domenech.

C’est d’ailleurs avec elle et plusieurs autres athlètes Autrichiennes qu’il fondera, en 1972, le club de l’Hypo Niederösterreich. Selon plusieurs sources proches de la FFL, le nom aurait été inventé lors d’une partie de Scrabble particulièrement animée. Prokop est directement désigné entraineur et ne tarde pas à démontrer qu’il est l’homme de la situation. Entre son arrivée et 2008, le club remporte 31 fois le championnat (de 1997 à 2008 sans interruption), la coupe à 18 reprises et 8 Ligues des Champions. Soit 57 titres de plus que Dimitri Payet. Tous ces succès lui valent même de recevoir le titre d’« Entraineur du Siècle » en 2007. Alors après tout ça, Metz en phase de poule, il les graille tous les jours au p’tit déj.

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Docteur Gunnar, Mister Prokop

Malgré un palmarès long comme le bras et un talent reconnu par toute la planète Handball, Gunnar Prokop s’est tout de même taillé une réputation d’entraineur sulfureux. L’Autrichien a l’insulte facile, que ce soit envers les arbitres ou ses adversaires. Alors qu’il s’imaginait sans doute ne faire qu’une bouchée des Messines, son équipe a du mal à prendre l’ascendant dans la rencontre. Une perte de balle à 27-27 à 10 secondes du terme va même lui donner un petit coup de chaud.

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C’est à ce moment-là qu’il décide de prendre les choses en main et de forcer le destin. La gardienne messine, Amandine Leynaud, vient de récupérer la balle et amorce une dernière contre-attaque en lançant Svetlana Ognjenovic sur l’aile gauche. Grâce à une science du placement à faire pâlir Carles Puyol, Prokop rentre sur le terrain et se met sur la trajectoire de la joueuse Serbe. Digne des plus beaux écrans de Rudy Gobert, il envoie valser la Messine. La fameuse valse de Vienne.

Résultat, Gunnar Prokop est expulsé, mais le principal est assuré : il a réussi à empêcher la victoire de Metz. On le saura quelques années plus tard, mais les fins de matchs à Metz, c’est vraiment pas ça. Pas peu fier de son geste, il exhibe un large sourire, celui du devoir accompli. Il n’a d’ailleurs pas hésité à poursuivre sa masterclass en conférence de presse.

J’aurais été désolé seulement si la joueuse Messine avait été blessée. Les arbitres ont pris beaucoup de décisions en notre défaveur. C’est ce qui a déclenché toute cette situation.

Des sanctions made in LFP

Aux commentaires, Olivier Krumbholz, sélectionneur de l’équipe de France féminine et natif de Moselle avant tout, demande des sanctions exemplaires :

Là, ça mérite une grosse suspension, c’est profondément scandaleux. Ça mérite une suspension quasi définitive. On va voir si l’EHF a des tripes.

Juste avant le verdict, Gunnar Prokop démissionne de son poste d’entraineur (mais pas de celui de président, faut pas pousser). Raté, il n’échappe pas aux sanctions. Le Tribunal d’arbitrage de l’EHF éteint son flambeau et direction l’île des bannis. Il est condamné à trois ans d’interdiction de terrain et suspendu à vie de compétitions Européennes. Il devra également payer une amende de 45 000 €, alors que l’Hypo Niederösterreich se voit retirer le point acquis face à Metz et est contraint de payer une amende de 30 000€.

Heureusement, la Cour d’appel se réunit quelques semaines plus tard et met du blanco sur la quasi-totalité des décisions rendues. Les 3 ans de suspension se transforment en un an, son bannissement à vie est levé et son amende passe de 45 000 à 10 000 €. Rappelons au passage qu’il occupait le poste de président du Comité des compétitions féminines à l’époque. Patrick Balkany n’a qu’à bien se tenir.

Comble de l’histoire, le club Autrichien termine un point devant les Messines et se qualifie au détriment des Françaises. Il n’y a plus rien à faire, la Metz est dite.