Jules Verne 2018 | Yann Guichard, 20 mille lieues sous les mers


Trophée Jules Verne 2018

C’est l’histoire d’un tour du monde à la voile qui tombe à l’eau. Janvier 2018. Trophée Jules Verne. L’équipage du Spindrift 2, mené d’une main de mousse par le skipper Yann Guichard, nous offre une prouesse inouïe. Non pas celle d’avoir battu le record du monde, mais pour avoir trébuché avant le sprint. Retour sur ce mois d’anthologie au large de notre Bretagne chérie.

Lundi 8 janvier 2018. Un trimaran géant, floqué Spindrift 2 sur sa coque, mouille dans le port de Brest. 40 mètres de long, 23 mètres de large, et un mât de 42 mètres de hauteur. On ne voit que lui. Mais s’il avait eu le don de lire l’avenir, nul doute que le skipper morbihannais Yann Guichard aurait préféré n’être vu de personne.

Publicité

À 18h00, l’équipage quitte le port du Chateau à Brest. Le Trophée Jules Verne en ligne de mire. Et surtout le record du tour du monde à la voile détenu par Francis Joyon en 40 jours, 23 heures et 30 minutes. Il est 21h00, et voici l’équipage déjà de retour à Brest. Un tour du monde éclair pensez-vous ? Que nenni. En cause, l’absence de vent et la dégradation de la météo avant même que le multicoque ait eu le temps de franchir la ligne de départ à Ouessant. Comment mieux préparer un record qu’en commençant par un faux-départ.

La flotte française, et pas n’importe laquelle. La dernière chance aura lieu le 15 janvier. Une fenêtre pas fantastique, mais faute de mieux, l’équipage de Spindrift 2 choisit de larguer les amarres.

15 janvier. Le jour d’une vie

Lundi 15 janvier 2018. Tout juste avant le départ, Guichard commence à entrapercevoir le traquenard.

« On espère couper la ligne le plus vite possible, en sachant que les douze premières heures jusqu’au cap Finisterre s’annoncent compliquées » Y. Guichard

Douze de trop. Il n’y aura jamais de Cap Finisterre. Il est 14h30, et l’équipage quitte une seconde fois le port de Brest en une semaine. L’espoir fait vivre comme on dit.

Publicité

 

Dès les premiers instants, le trimaran noir et or est très vite chahuté comme l’avait prédit Guichard. La mer de l’Iroise se déchaîne et le vent souffle à plus de trente-deux nœuds. Les rafales malmènent le trimaran.

 

15h57. Quelques minutes avant le drame. Car aux alentours de 16h, sous les bourrasques de vent, le multicoque Spindrift 2 démâte avant même avoir franchi la ligne de départ à Ouessant. Le mât se brise sous les 3 mètres de creux de la mer. Afin de ne pas condamner le reste du trimaran, Guichard se voit obliger de larguer le mât à la mer. Laissant ses débris au nord-ouest du Cap de… la Chèvre. Tiens tiens.

Oubliez la guigne, place à la Guich’

Avant le départ, Guichard paraissait confiant. Ou du moins cherchait-il à se rassurer.

« On a refait un mât plus court qu’il y a deux ans. On a toujours travaillé pour avoir un bateau plus léger et aller vite dans toutes les conditions » Y. Guichard

Même pour celle du démâtage visiblement. Si Guichard préférait voir le verre à moitié plein avant de s’élancer, il n’a pas pu s’empêcher de boire la tasse avant même de passer la ligne au Phare de Créac’h.

Dans le même genre de Lose :   Water-polo - Sète Natation EDD - Une lose s'en est allée

19h35. Le Spindrift 2 est remorqué à Brest. De retour sur terre, le skipper morbihannais ne réalise toujours pas l’ampleur de son exploit : « C’est allé très vite ! En quelques secondes, le mât est tombé… Tout s’est arrêté en quelques instants. On n’avait pas prévu de rentrer si vite ! ». Le mot de la fin lui revient.

« Deux mois de stand-by, un faux-départ, on rentre, on repart, on démâte… ça ne voulait pas de nous cette année » Y. Guichard

Mais nous on veut bien de vous les gars.

La date : 1er février 2019

Yann Guichard est du genre à persévérer. Et dès l’hiver suivant, il retente une nouvelle fois le Trophée Jules Verne. Après ses deux échecs en 2018, il confirme magnifiquement l’adage ‘jamais deux sans trois’. Après 16 jours de course, Guichard subit une casse sur son trimaran dans l’Océan Indien, et ne peut assurer lui-même la réparation. Le skipper morbihannais est contraint à l’abandon le vendredi 1er février 2019. On ne les compte plus.