Coupe UEFA 1993 | Auxerre – Dortmund, une remontada pour rien


Si en 1997 l’Association de la Jeunesses Auxerroise avait fait naître chez les Français un profond ressentiment à l’égard du Borussia Dortmund, et un but injustement refusé à Lilian Laslandes, quatre ans plus tôt le choc franco-allemand avait déjà eu lieu. Et cette fois-ci pas de scandale d’arbitrage pour expliquer la désillusion d’Auxerre, mais un foutu pénalty.

Fondé en 1905, l’Association de la Jeunesses Auxerroise doit attendre près de 80 ans avant de disputer son premier match européen. Si les débuts d’Auxerre en Coupe d’Europe se résument par trois échecs au tour préliminaire lors de ses trois premières tentatives, l’AJA va rectifier le tir lors de la saison 1992-1993. Largués en championnat, qu’ils finiront à une piètre sixième place, les Bourguignons sont éliminés dès les 32e de finale de la Coupe de France. Cette saison sent bon l’année de merde. Alors l’AJA a un remède : se mobiliser entièrement sur la Coupe UEFA.

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Les hommes de Guy Roux parviennent à surpasser le Lokomotiv Plovdiv (9-3) et le FC Copenhague (7-0) lors des premiers tours. Mais la mission se corse dès les quarts de finale. Une opposition qui va entrer dans les annales du club bourguignon. Et pour une fois, nous ne sommes pas ironiques. Auxerre est opposé à l’Ajax Amsterdam de Louis Van Gaal, tenant du titre et invaincu depuis deux ans et 18 matchs sur la scène européenne. Alors pour préparer au mieux cette double confrontation historique pour le club bourguignon, quoi de mieux que de perdre ses cinq derniers matchs de championnat vous me direz.

Mais les Auxerrois sont vainqueurs 4 buts à 2 à l’Abbé-Deschamps, et s’inclinent seulement 1-0 aux Pays-Bas. Malgré les Bergkamp, Overmars Davids, De Boer et consort, les Ajaïstes passent. Les Ajacides trépassent.

Le résumé du match Auxerre – Dortmund

Demi-finale de la Coupe UEFA. Le match aller a lieu au mythique Westfalenstadion. Les Allemands l’emportent 2-0, en ayant même le luxe de rater un pénalty. Erreur qu’ils s’abstiendront de recommettre au retour, un certain mardi 20 avril 1993. L’Abbé-Deschamps est à deux doigts d’imploser. Mais la folie n’est pas présente que dans les tribunes. Le match est d’une grande intensité sur le terrain.

Il ne faut d’ailleurs que sept minutes chrono à Corentin Martins pour ouvrir le score sur une ouverture de Daniel Dutuel. Un enchaînement splendide ponctué à trois reprises, telle une sangsue, par Jean-Michel Larqué : « c’est la balle de but ! ». Mais le calvaire n’est pas terminé. Tandis que l’heure de jeu vient d’être franchie, Pascal Vahirua, cousin du pagayeur Marama, frappe un coup franc excentré sur le côté droit. Aidé par une détente ronaldonesque, Frank Verlaat s’élève plus haut que tout le monde et fusille le gardien du Borussia. 2-0. Les Bourguignons ont comblé leur retard.

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Mais c’est mal connaître la bande à Guy Roux. Alors que les Auxerrois pouvaient se satisfaire de cette remontée, les voici qui tentent de se qualifier pour la finale. Qui plus est en terre française. L’infamie est de taille. Seulement deux minutes plus tard, Baticle et Cocard partent seuls au but. Le premier décale le second qui pousse le ballon vers le but vide. Le volcan de l’Abbé-Deschamps s’apprête à se réveiller quand Günter Kutowski, héros parmi les héros, sauve son équipe de justesse d’un tacle salvateur. Auxerre parvient toutefois à réaliser l’exploit de l’emporter 2-0 au retour, alors que personne ne misait un franc sur l’AJA.

Mahé se vautre, Stefan Klos le débat

Les prolongations débutent et il ne va pas falloir attendre longtemps avant d’assister au premier craquage. Saint des saints quelques minutes auparavant, Kutowski se fait expulser pour un stupide second avertissement. La jambe à peine au-dessus du genou. Mais le fair-play a beau être un terme anglais, ce sont pourtant les Français qui le manient le mieux. Alors que la seconde période des prolongations vient tout juste d’être lancée, Auxerre se trouve lui aussi à 10 à cause grâce à Raphaël Guerreiro. Aucun lien avec l’actuel latéral… du Borussia. Que le monde est petit quand on lose.

Arrive alors la séance de tirs aux buts à l’Abbé-Deschamps. Les 10 premiers tireurs réussissent leur penalty. La mort subite commence. Dortmund mène 6-5. Aucun tir au but détourné sur les onze mais ça, c’est avant que Stéphane Mahé ne s’en charge. Vous vous doutiez bien que si la série venait à être brisée, la performance ne serait pas outre-Rhin. Le défenseur Français s’élance et foire totalement son tir. Une espèce de passe appuyée dans les gants de Klos. Auxerre est éliminée et c’est Dortmund qui ira en finale. Guy Roux est sur les rotules.

« C’est catastrophique. Vous savez, les Allemands peuvent être très durs. Lors de la séance, ils insultaient chacun de mes joueurs qui allait tirer » G. Roux

Mais personne n’oubliera l’image de Stéphane Mahé, en larmes sur le terrain. Excepté le principal intéressé. Interrogé par un journaliste, le défenseur a depuis « tourné la page » dira-t-on.

« Ah ouais ? C’est vrai ? Il y a vingt ans de ça ? C’était à cette période-là ? Ce n’est pas nécessairement un mauvais souvenir. L’instant fut douloureux, il est anecdotique aujourd’hui » S. Mahé

Pour ne pas dire qu’il s’en tape royalement désormais. Quatre ans plus tard, Bourguignons et Westphaliens se retrouveront en quart de finale de la Ligue des Champions. Et le BvB fera une nouvelle fois de l’Abbé-Deschamps son trainingszentrum à lui.