Lendl-McEnroe, Roland Garros 1984 | Et le loser devint un winner


Parmi les matchs qui ont marqué l’histoire du tennis, la finale de Roland Garros 1984 fait office de tête d’affiche. Si le trio Federer-Nadal-Djokovic offre des finales mythiques aux amateurs de tennis depuis presque 15 ans (Wimbledon 2008 & 2019, Australie 2012 & 2017 pour ne citer qu’elles), le tennis des Eighties pouvait lui aussi compter de sacrés blockbusters. 

Au début des années 80, le tennis est un sport dominé par les Américains et les Suédois. Entre 1980 et cette finale de Roland Garros 1984, le seul trou d’air que connaissent ces deux nations s’appelle… Noah, sacré à Roland Garros l’année précédente. Une autre époque.

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McEnroe, l’insolent Winner

En 1984, John McEnroe vit sa meilleure vie. Borg vient de partir à la retraite et le Yankee trône sur son siège de N°1 Mondial avec 5 titres en Grand Chelem dans la besace (US Open 1979, 80, 81 et Wimbledon 1981 et 83). Il est l’enfant roi du tennis, à tous les sens du terme.

Sa personnalité de kid pourri-gâté rythme d’ailleurs sa demi-finale face à Connors, lors de laquelle McEnroe se fait copieusement siffler par le public parisien. Sur cette scène où Connors entoure une balle clairement dehors, la petite peste du Queens refuse de croire son adversaire et demande à l’arbitre d’aller vérifier, avant d’échanger quelques mots doux avec Jimbo au filet. Insupportable le gamin :

 

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Plus mature, Connors clouera le bec de son compatriote d’un trashtalk subtile qui ferait probablement du bien au tennis d’aujourd’hui :

Garde ta bouche fermée là. J’en ai marre que tu te comportes comme mon fils!

Connors à McEnroe

Bref, McEnroe fait du McEnroe, s’en contre-fout du public et finit par accéder au match ultime de la quinzaine, porté par son tennis ultra offensif. En 1984, on est encore loin de voir des Espagnols se placer sous les loges VIP pour retourner le service. Le tennis va vite et se joue en quelques coups; les essuie-glace ne dominent pas encore le circuit. Pas le temps de se gratter les fesses entre chaque coup, donc.

Lendl, le Loser stoïque

Si le tennis de fond de court n’est pas encore de mise, ce n’est en réalité qu’une question de temps. Lendl, qui dominera la deuxième moitié des 80’s, représente ce nouveau mouvement. C’est d’ailleurs une des caractéristiques qui le positionne comme le parfait anti-McEnroe.

Les antipodes

L’un est un communiste tchécoslovaque au caractère placide, l’autre un Américain extravagant qui l’ouvre à la moindre occasion. L’un a gagné 5 Grands Chelems, l’autre a connu 4 défaites pour autant de finales. L’un est adepte du tennis offensif et du service volée, l’autre bourrine en fond de court avec son coup droit.

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Lendl est Loser avéré du circuit. Le mec un peu bizarre dont on se fout parce qu’il est différent. Le genre de mec que des rapaces dépourvus d’honneur comme la FFL auraient adoré tailler.

Lendl ne fait pas partie de la famille. John n’a aucun respect pour lui.

Noah au sujet de Lendl

Mais cela n’empêche pas Lendl de sortir Mats Wilander (favori du tournoi) en demi-finale 6-3 6-3 7-5. On se dit alors que l’Histoire va se répéter, et que McEnroe pourra enfin remporter son Roland Garros (qu’il ne gagnera jamais) face à l’éternel Loser des finales de Grand Chelem.

Le match: le craquage du siècle pour McEnroe

La finale commence telle qu’on pouvait l’imaginer. McEnroe sautille partout, monte au filet et étouffe complètement son adversaire. L’Américain s’octroie rapidement le premier et le deuxième set en baladant cette grande victime qu’est Lendl, 6-3 6-2.

Les jeux semblent faits, mais la pile électrique va finalement court-circuiter en milieu de 3ème set au 5ème jeu, en manquant 4 balles de break. En face, Lendl, qui joue cette finale en mode diesel, retrouve espoir, sa verve et sa puissance refont progressivement surface jusqu’au gain de la manche.

Au 4ème set, cette fois, McEnroe touche son rêve du bout des doigts. Il mène 4-2 et est tout proche du double break. Il laissera malgré tout Lendl revenir à 4-4, avant de manquer une nouvelle balle de break qui aurait pu lui permettre de servir pour le titre. Fail, again. Le 5ème set se terminera par une volée ratée de l’Américain.

Lendl l’a fait. Il quitte enfin le camp des Losers pour celui des gagnants. McEnroe quitte le court sans adresser un mot, sous les huées du public. Encore aujourd’hui, l’Américain dit ressentir la frustration de ce match lorsqu’il foule les allées de la Porte d’Auteuil.

Les USA continueront de courir après leur premier Roland jusqu’en 1989 en une victoire Chang, qui marquera au passage l’Histoire avec son service cuillère contre..Lendl (décidément une victime). Avant ça, Lendl, gagnera deux autres Roland et dominera le circuit pendant plus de 150 semaines. Avec ce match, il l’a dit, « J’ai appris à gagner ».

C’est tout le mal qu’on souhaite à nos tennismen (mais pas tout de suite).