Julian Alaphilippe Jaune

Julian Alaphilippe, le panache, toujours le panache.


Voilà, c’est fini. Cette 34ᵉ semaine de 2026 avait tout pour être anodine niveau sportif. Une notification L’Équipe plus tard, elle sera finalement celle du cafard. Julian Alaphilippe prend sa retraite avec effet immédiat. Avec ce retrait du peloton, c’est la fin d’une ère du cyclisme tricolore qui disparait. À la FFL, c’est aussi l’un de nos meilleurs protagonistes qui s’en va. On aura vibré, il aura gagné. On aura pleuré, il aura gaffé.

Alaphilippe, le Rock&Roll sur deux roues

Rarement un cycliste n’aura alterné les trahisons FFL et les grands moments de lose autant que Julian. D’ailleurs, quand on commence la FFL, notre première compétition que l’on suivra à plein temps fut les Jeux de Rio. C’est là qu’on découvre le potentiel de Julian. Dans la montée finale, il fait péter Froome et rejoint le groupe de tête. La descente se passe hors des caméras, et quand l’image revient, il n’est plus là. Chute dans la descente finale, quatrième place. Les fondations étaient posées.

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Contrairement à un certain Pinot, Alaphilippe a eu une chance : on ne l’a jamais imaginé remporter le Tour de France. Bon, si, peut-être un peu en 2019, mais on y reviendra. Coureur de classique, puncheur invétéré, il était taillé pour les courses d’un jour. Puisque l’attention hexagonale sur le vélo est obsessive avec la Grande Boucle, il a pu rester lui-même sur son vélo, et faire ses coups d’éclat comme il le sentait. Dans un sens ou dans l’autre.

Collectionneurs de places d’honneur jusqu’en 2017, il décoche sa première flèche sur la Flèche wallonne en 2018. Le style Alaph’ est en train de naître. Puncheur explosif avec les attaques à l’instinct, il est l’antithèse de l’ennui profond que l’on peut subir face à des coureurs le nez sur les watts. Spectaculaire, ça passait ou ça cassait, mais il n’y avait jamais d’entre-deux. La définition du coureur frisson, la raison même de sa popularité.

Un palmarès FFL à toute épreuve.

Le palmarès officiel d’Alaphilippe, vous allez le lire et le relire. Pour mieux comprendre l’artiste, commençons par le plus important : deux blacklists FFL et… Deux FFL D’or aussi. Parce que c’était ça Alaph’, des hauts, des bas. En revanche on s’emmerde pas.

À partir de 2018, c’est une galère sans nom pour notre fédération. Milan-San Remo, 3 Flèches wallonnes les Strade Bianche, 6 victoires d’étapes sur le Tour de France, 1 sur celui d’Italie et 1 sur la Vuelta. Ajoutez à ça un maillot à pois en 2018, 18 jours en jaune et le plus beau titre qui existe pour un tricolore : le prix de la combativité 2019. Mais, ce Tour-là… on y reviendra.

Parlons plutôt du Tour 2020. Maillot jaune dès la deuxième étape, il perd sa tunique… à cause d’une pénalité débile sur une étape sans intérêt. Il se ravitaille dans les 20 derniers kilomètres, ce qui est interdit. Le panache, toujours le panache.

Son apothéose, bien évidemment, reste ses deux titres de champion du monde. Une douleur que l’on pourrait imaginer difficile à effacer sur le coup. mais on se trompait.

Une semaine après son obtention de la tunique Arc-en-ciel, Alaphilippe prend le départ de Liège-Bastogne-Liège. Même s’il a déjà remporté Milan-San Remo, la Doyenne est la classique qui convient le plus à ses qualités. Au finish, ils ne sont plus que cinq pour la victoire. Alaphilippe déclenche, lève les bras et ne voit pas Roglic le dépasser pendant sa célébration. En une semaine, il aura pu montrer au monde entier toute l’étendue de son talent. D’ailleurs, trois jours plus tard, il remporte la Flèche brabançonne. Rock & Roll, qu’on vous a dit.

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Alaphilippe Liège Bastogne Liège

Des hauts, puis des bas, mais toujours des frissons. Ces frissons, ils n’ont jamais été aussi puissants que lors de l’été 2019. Celui où on y a cru.

Le Tour 2019, les espoirs éternels.

C’est l’heure d’attaquer l’éléphant dans la pièce. Le Tour de France 2019.

La France (et ses supporters) sortent d’années de domination sans grand partage de la Sky. Dès l’étape 3, Alaph’ réussit un grand numéro à Épernay pour s’emparer de l’étape et du jaune. Ciccone, lui reprend la tunique 3 jours plus tard, mais arrive l’étape de Saint-Etienne.

Dans la côte de la Jaillère, il attaque pour prendre les bonifs. Dans sa roue, un certain Thibaut Pinot. Les deux coureurs ne réfléchissent pas et se relayent pour distancer le peloton. Alaphilippe est premier, Pinot troisième. Après des années de morosité, la France y croit. Et vous le savez, il n’y a rien de pire que l’espoir.

Pendant 11 jours, Alaphilippe trône en jaune sur le bitume français. Il pulvérise la concurrence au contre-la-montre de Pau, réussit à suivre Pinot dans les derniers mètres du Tourmalet. Les jours passent, l’avance d’Alaphilippe rétrécie. Il perd du temps en montée, mais le rattrape dans ses descentes. Et s’il doit perdre sa tunique, tout le monde sait que c’est pour la laisser à Pinot. La France nage dans une euphorie grandiose. Mais ça, c’était avant le lugubre vendredi 26 juillet 2019.

La course s’est à peine emballée que Pinot est décroché, puis abandonne. La climatisation est générale, mais il reste tout de même Julian en jaune. L’étape doit se terminer à Tignes, mais un orage rend l’ascension finale impraticable. Alaphilippe est lâché dans le col de l’Iseran, et l’arrivée est décrétée au sommet. Il ne peut pas profiter de la descente pour se refaire et perd la tunique. Le lendemain, le podium s’éloigne. Nos rêves aussi.

Merci Alain

Alors voilà, c’était ça, Julian. Ou Alain, l’alter ego en scotch & carton. On sentait bien à l’interview de la fin du Tour 2026 que l’envie était moins là. On aura vécu bien évidemment un dernier grand moment à Carcassonne, comme un au revoir. Une dernière victoire à Québec pour ceux qui préfèrent le voir gagner.

Julian, c’était ça. Des très hauts, des très bas. Une chute sur Liège en 2022 qui restera un tournant cruel. Mais, il était l’image du cyclisme offensif, qui ne compte pas toujours ses attaques mais qui nous sort d’une somnolence irrémédiable.

JJ Goldman chantait « tout mais pas l’indifférence ». Même largué aux abords du gruppetto, il ne traversait jamais la foule comme une ombre. On voyait les enfants (et les plus grands) le chercher dans le tas pour l’encourager. Ensuite, ils se retournaient, extatiques, en sautillant vers leurs parents pour crier « C’était Julian ! C’était Julian !». Cette scène, on l’a vue de nombreuses fois sur le bord des routes.

Quelque part, elle était peut-être là, sa plus grande victoire.

 

Antoine Declercq