Le marathon de Paris, c’est ce week-end ! Vous êtes prêt. Vous avez tout fait bien. Vous n’êtes pas blessé. Rassurez-vous, il vous reste une dernière occasion de ruiner tous vos efforts : le choix de vos chaussures. Voici 5 conseils à ne surtout pas suivre en matière de chaussures de course.
Optez pour la paire tendance
Quand on choisit ses chaussures de marathon, deux écoles s’affrontent : ceux qui analysent leur foulée, testent plusieurs modèles et écoutent les conseils d’un spécialiste. Et ceux qui prennent la plus belle. Soyez les seconds.
La stabilité, le drop, l’amorti, le dynamisme: autant de concepts parfaitement inutiles quand la chaussure de vos rêves est disponible en édition limitée pour un demi-SMIC.
Votre pied est légèrement pronateur ? Le vendeur vous propose un modèle adapté ? Remerciez-le chaleureusement et demandez plutôt à tester celle que vous aviez repérée sur Instagram. Essayez-la trente secondes sur le tapis de course. Elle semble un peu rigide, légèrement instable. Le vendeur mentionne qu’elle est « plutôt destinée aux coureurs ayant une foulée aérienne » en voyant votre talon s’écraser sur le tapis avec une délicatesse toute relative.
Peu importe. Vous aviez déjà fait votre choix avant de passer la porte du magasin. Vous développerez une foulée efficace en chemin: avec 42 kilomètres devant vous, c’est largement suffisant.
Sur les photos du départ, vous serez impeccable. Votre photo finish est, elle, plus incertaine que jamais.
Essayez-vous au minimalisme
Le pied moderne est un pied assisté. Des décennies de chaussures trop amorties, trop confortables ont fini par l’infantiliser. Il est temps de le libérer. Le minimalisme, c’est le retour aux sources : laisser le pied travailler naturellement, sans obstacle technologique. C’est une philosophie. C’est aussi une très mauvaise idée à une semaine d’un marathon.
Peu importe : vous avez vu une vidéo YouTube convaincante sur le sujet, dans laquelle un homme court pieds nus sur une plage en slow motion.
Commandez donc une paire de chaussures drop 0, voire une version barefoot pour les plus téméraires (les modèles aux allures de palmes avec les orteils qui dépassent). Elles arrivent à J-3. Parfait.
Chaussez-les pour la première fois le jour du marathon. Vos mollets et tendons d’Achille, habitués à un drop de 10mm depuis des années, découvrent avec surprise qu’ils doivent désormais travailler seuls. Ils exprimeront rapidement leur désaccord.
Peu importe. Vous ne vous étiez pas senti aussi proche de la nature (le bitume parisien) depuis longtemps, et c’est tout ce qui compte. Vous découvrirez avec surprise l’apparition d’une périostite quelques jours plus tard, due aux chocs répétés induits par votre semelle épaisse comme une feuille A4. L’occasion parfaite d’investir dans un t-shirt FFL Périostite Running Club, que vous ne quitterez pas tout au long de votre convalescence.
Investissez dans une paire carbone
Depuis que Kipchoge a bouclé les 42km en moins de 2 heures avec des chaussures carbone aux pieds, la messe est dite : sans une paire de plaques carbone dans votre placard, vous vivez en 2003.
Le principe est simple : une plaque rigide logée dans la semelle vous propulse vers l’avant à chaque foulée, restitue l’énergie, optimise la mécanique de course. En théorie, ça change tout. En pratique, ça change tout… à condition d’avoir la foulée et le niveau pour l’exploiter.
Vous aussi, vous méritez d’en profiter. Peu importe que votre allure cible soit trois fois moins rapide que celle pour laquelle la chaussure a été conçue.
Sortez donc 250 à 350€ pour vous offrir le modèle dernier cri porté par Jimmy Gressier et testez-les sur un footing à 6:30 min/km. À défaut de porter une chaussure adaptée à votre pratique, vous êtes désormais un sérieux contender au titre du runner le plus stylé des quais de Seine.
Le jour de course, la plaque carbone fera ce pour quoi elle a été conçue : propulser efficacement un coureur qui a une foulée puissante et aérienne. Pour vous, ce sera une cheville foulée, ou, au mieux, des courbatures dévastatrices qui frapperont vos pauvres ischios qui n’avaient rien demandé.
Dénichez la bonne affaire
Les chaussures de running, c’est cher. Très cher. Et franchement, entre nous, est-ce que ça vaut vraiment la peine d’investir dans une paire à 150€ quand on peut trouver sensiblement la même chose en solde pour 30€ ? Certainement pas. Encore moins pour votre œil avisé qui sait dénicher les pépites injustement reniées du grand public.
Dirigez-vous donc vers votre magasin de sport préféré. Repérez la paire qui traîne là depuis dix-huit mois, dans un coloris que personne ne voulait, deux pointures au-dessus de la vôtre. Elle était à 180€, elle est à 45€. C’est 135€ d’économisés. C’est aussi une chaussure de trail conçue pour la boue et le dénivelé. Mais le vendeur, que vous avez essoré avec vos questions techniques à 5 minutes de la fermeture de son magasin, a dit que « ça marche très bien sur route aussi ».
Vous la découvrirez vraiment au km 15, quand la semelle cramponnée accrochera bizarrement le bitume parisien et que votre cheville exprimera ses premiers doutes. À l’arrivée (si arrivée il y a), vous aurez tout de même économisé 135€, une somme à relativiser si on regarde les frais médicaux engendrés par l’opération.
Prenez une pointure en dessous
Le pied gonfle à l’effort. C’est un fait physiologique, documenté, universellement reconnu par la communauté médicale et les vendeurs de chaussures de sport depuis des décennies.
Ignorez-le. Dôté d’une expérience de 6 mois d’escalade en salle quand vous étiez au lycée, vous êtes habitué à toucher le bout de vos chaussures. C’est aussi une question d’esthétique, et l’esthétique prime.
Prenez donc votre pointure habituelle, voire une pointure en dessous, pour un maintien de cheville infaillible. En magasin, la chaussure semble un poil serrée, mais sur le tapis de course, trente secondes de test ne révèlent rien d’alarmant. Vous signez, vous payez, vous rentrez chez vous satisfait.
Au km 20 du marathon, vos orteils commencent à formuler des objections claires à ce choix contestable. Au km 30, après 3 heures de frottements incessants, votre petit orteil gauche décide de ne plus donner de signes de vie. Au moins, vous ne souffrez plus.
À l’arrivée, vous découvrirez trois ampoules et un ongle qui a décidé de prendre ses distances avec votre orteil. Il partira définitivement trois semaines plus tard. Vous auriez dû prendre du 43.
Bonus : Quelques conseils pour le jour J
Choisir la bonne chaussure, c’est bien. L’utiliser à bon escient, c’est encore mieux. Voici quelques conseils pour tirer le meilleur bénéfice de votre nouvelle paire le jour du marathon.
Gardez vos chaussures neuves pour le jour J
Vous avez investi dans une belle paire. Peut-être la carbone, peut-être le modèle tendance en édition limitée ou la paire de trail trop grande en promo. Dans tous les cas, une chose est certaine : vous n’allez pas les abîmer à l’entraînement.
Gardez-les pour le jour J, intactes, immaculées, sorties de leur boîte le matin du marathon. C’est la meilleure façon de découvrir au km 8 un point de frottement sur votre tendon d’Achille qui commence à couiner, avec 3 heures de course devant vous. Sur les photos du départ, par contre, vous serez impeccable.
Chaussettes: privilégiez le coton
Les chaussettes techniques, c’est le genre d’achat qu’on reporte indéfiniment. 15€ pour des chaussettes, vraiment ? Les vôtres font très bien l’affaire. Du coton, basiques, celles que vous portez au bureau depuis des années. Elles ont survécu à des centaines de journées de travail, elles survivront bien à un marathon.
Ce que vous ne savez pas encore, c’est que le coton et la transpiration forment un duo redoutable sur 42 kilomètres. Faites ainsi connaissance avec de nouvelles zones de votre pied, qui vous fera rapidement comprendre son mécontentement.
Sur ce, bon courage. Vous savez désormais quels choix de chaussures faire pour maximiser vos chances d’abandon lors de votre prochain marathon.

