Six nations 2018 | Sexton, le drop parfait


Ireland's Johnny Sexton scores the winning drop goal during the NatWest 6 Nations match at the Stade de France, Paris on 3rd February 2018 Photo : PA Images / Icon Sport

Il y a trois ans, le XV de France était nul, bien sûr. Tout ce qu’on aimait et qui n’aurait jamais dû changer, une base de la Fédération qui nous semblait gravée pour l’éternité. Jacques Brunel venait d’arriver dans une ambiance exceptionnelle, Guy Novès viré dans l’allégresse générale par Bernard Laporte, un mois avant la réception de l’Irlande en ouverture du Tournoi des Six nations.

Le grand Jacques, puisque c’est son surnom, voulait « partir sur des bases assez simples, un cadenas dans lequel les joueurs vont se trouver bien ». D’accord, faisons comme ça. Avec un cadenas, ça partait bien. « L’Irlande a un jeu particulier auquel il va falloir répondre. A travers la vie de tous les jours, on va être capables de créer le climat qui nous amènera vers la victoire. On veut prétendre gagner à nouveau le Tournoi, l’Irlande est donc fondamentale pour ça. » Du très grand Jacques, vraiment.

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Belleau redonne un frisson d’espoir

Et puis arrive le match, le 3 février au Stade de France. La lose attire toujours, surtout sous la pluie : 74 878 spectateurs. Des malades pour beaucoup, des connaisseurs pour ceux qui savent. Trois pénalités de Jonathan Sexton, qu’on n’appelait pas encore maître mais ça n’allait pas tarder, permettent à l’Irlande de mener 9-3 à la mi-temps. Oui, car Maxime Machenaud avait passé son coup pied à cinq minutes de la pause pour enflammer les foules. Ce diable de Machenaud qui ramène à nouveau le score à 6-12 à la 53e minute. Les Bleus plaquent dans tous les sens : 253 fois au total, 31 pour le seul Guilhem Guirado record. Et dont le simple fait de réécrire le nom, il faut bien l’avouer, nous fait monter quelques larmes de nostalgie. Tous ces efforts pour rien, balayés en si peu de temps… Mais revenons à nos moutons irlandais.


On ne sait pas trop comment, mais les Bleus mènent 13-12 alors qu’il ne reste qu’une poignée de minutes à jouer. Enfin si, c’est un essai de Teddy Thomas qui, à la 71e minute, croit bon de passer en revue toute la défense verte. Il aurait pu prévenir, les plus anciens supporters n’ont pas supporté le choc. Et Anthony Belleau qui passe la transformation, et puis quoi encore… Le rugby français tient l’exploit qui va relancer le pays tout entier, l’euphorie regagne les douces valeurs de l’ovalie, les coqs sont lâchés ! Belleau, néanmoins, nous redonne un petit frisson d’espoir en ratant sa pénalité à trois minutes de la fin. Et puis ces perspectives peu réjouissantes vont être balayées par un homme. Quand on ne peut pas compter sur les siens, après tant et tant d’immenses performances, le destin se charge parfois d’offrir un petit coup de pouce. Cette fois, il s’appellera donc Sexton.

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Poirot : « Ne pas douter à cause d’un drop »

A la 83e minute, la sirène retentit, les Irlandais ont le ballon. Après 40 phases de jeu, le héros du jour passe un drop de plus de 40 mètres et crucifie la France. « Attention le drop, il arrive ! » Le « terriiiiiiiiible » de Mathieu Lartot résonne encore dans nos coeurs comme une si douce chanson. « On est abattus, c’est la guigne ! C’est tellement dur ! » Ou « un truc de fou » pour Fabien Galthié : « Quel match winner ! » Ah ça, oui ! Belleau est étalé en sang sur la pelouse, Guirado en état de choc sur le banc. La parole au grand Jacques : « On ne peut rien ressentir d’autre qu’une énorme frustration. C’est cruel, ça arrive après le temps imparti. Mais c’est comme ça. » Et c’est beau. « Je ne sais pas si c’est mérité ou pas, en tout cas c’est frustrant. Notre défense n’allait pas craquer, alors Sexton a pris la bonne option… Ce n’était pas facile, il faut le féliciter. » Compte sur nous Jacques, c’est déjà fait.

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« Le scénario est terrible, c’était très dur. On est touchés, déçus, mais nous devons aussi avoir beaucoup de fierté. » Là on te retrouve, Jacques. « On a fait jeu égal, on aurait peut-être pu gagner. Il y a quand même beaucoup de satisfaction. » Voilà, ça c’est le Jacques et le XV de France qu’on aime ! Remi Lamerat a ce « souvenir » délicieux (pour RMC Sport) : « 30 secondes avant son drop, il s’étirait le mollet. Même crampé, il claque un drop de 45 mètres, c’est la marque des grands. » « C’est l’ascenseur émotionnel, on y croyait, insiste le (toujours) bien nommé Jefferson Poirot. Des cadeaux comme ça, c’est assez inacceptable. Il faut absolument gagner en Ecosse, ça donne faim. On ne doit pas douter pour la suite à cause d’un drop. » Oh non, surtout pas. Ça fera 32-26 pour l’Ecosse. Les Irlandais effectueront le Grand Chelem, les Français termineront quatrièmes. C’est ballot.